Gibraltar: L'étroit chemin de l'indépendance
Mars 1991
287 ans de présence militaire britannique qui prennent fin en quelques semaines. En ce mois de mars 1991, près de 2 000 soldats de Sa Majesté, qui avaient pour mission « de contrôler avec attention la population » de Gibraltar, quittent ''le Rocher''. Seul reste sur ce bout de territoire situé au sud de l'Espagne, en bordure du détroit qui marque l'entrée de la Méditerranée, le « bataillon royal de Gibraltar », uniquement constitué de Gibraltariens. Le conflit historique opposant Espagne et Grande-Bretagne pour le contrôle du mont Tariq (''Jabel Tariq'' qui a donné son nom à Gibraltar) s’est amenuisé. Madrid ayant adhéré à l'OTAN (1982) puis à la CEE (1986), l’intérêt géostratégique est-il devenu mineur pour Londres ? Non, c'est bien la souveraineté de Gibraltar qui est en jeu.
Pourtant, le ministre britannique de la Défense d'alors, George Younker, ne l'avoue que timidement : « Tant que le peuple de Gibraltar le voudra, il demeura sous drapeau britannique, comme le Premier ministre (le conservateur John Major, ndr) l'a répète à maintes reprises. La réduction de la présence militaire ici n'altère en rien ce fait, mais à raison d'un nombre limité de bataillons à déployer pour les taches que nous avons à remplir, c'était un luxe d'avoir l'un d'entre eux stationnant à un endroit où ce n'est plus nécessaire »1. Joe Bossano, chef du gouvernement gibraltarien de l'époque, reste tout aussi prudent, saluant simplement « la récupération de terrains auparavant dévolus à l'armée ». Le chemin de l'indépendance est tortueux.
11 ans après
Un territoire britannique d'outre mer ''officieusement'' dans la zone euro, il en est ainsi de Gibraltar en 2012. Rocambolesque pour le moins. Ce morceau de terre qui compte près de 30 000 habitants, est officiellement dans l'Union européenne. Mais si l'enclave est soumis au droit communautaire certaines dispositions ne s'y appliquent point (Politique agricole commune, directives commerciales ou sur la TVA). Surtout Gibraltar a peiné à conquérir son droit à participer aux élections européennes. En 2004, ses citoyens y votent pour la première fois... mais rattachés à la région de l'Angleterre du Sud-Ouest, 2 000 km plus au nord. Allez comprendre.
Pourtant les Gibraltariens, d'origines britannique, espagnole ou marocaine, souhaitent très majoritairement l'indépendance de leur territoire. Toutes les mouvances politiques du cru, des socialistes jusqu'aux conservateurs, soutiennent l'idée même si c'est avec une véhémence variable. En décembre 2011, lors des élections générales, la vigueur démocratique est palpable avec 82,52 % de participation. « Du jamais vu depuis 1980 », selon le Gibraltar Chronicle2. Le Parti travailliste-socialiste du Gibraltar (GSLP), qui considère ouvertement que la « décolonisation n'est pas terminée à Gibraltar », remporte, allié aux libéraux, 10 sièges sur un total de 17 (!) au parlement. De fait, Gibraltar fait toujours parti de la liste des seize territoires ''non autonomes'' ou ''non décolonisés'' de répertoriés par l'ONU.
1. Gibraltar: British or Spanish ?, Peter Gold, Routledge Advances in European Politics, 2004.
2. Gibraltar votes with the biggest turnout since 1980, The Gibraltar Chronicle du 9 décembre 2011.