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Faust et le son du silence

crédits: Eve Jégou et Anna Marquer- Passicot // Cinéconcert avec le trio OHR Oliver Strauch : percussions Henk Nuwenhoud : saxophone, percussions Rudolf P. Schaaf : contrebasse, guitare accoustiquecrédits: Eve Jégou et Anna Marquer- Passicot // Cinéconcert avec le trio OHR Oliver Strauch : percussions Henk Nuwenhoud : saxophone, percussions Rudolf P. Schaaf : contrebasse, guitare accoustique

Articles | Publié le 23.11.2011 Un mythe essentiel de la culture allemande. Ni plus ni moins qu'une « légende allemande », comme le précise le sous-titre du film de Murnau, projeté ce soir lors du ciné-concert au festival Univerciné allemand.

« Je ne crains rien du diable, ni de l'enfer ; mais aussi toute joie m'est enlevée. » Faust est le plus sachant des savants. Mais il en a perdu toute foi en la connaissance humaine. Il ne croit « pouvoir rien enseigner aux hommes pour les améliorer ou les convertir. » Il est un personnage à la hauteur des tragédies grecques. Son pacte conclu avec Méphistophélès modifie et boucle définitivement son destin. Avec Goethe, l'histoire de Faust a été magnifiée. Elle matérialise l'entrée dans le romantisme. Mais ce récit s'adapte à toutes les époques. Auparavant, Faust fut la figure des magies occultes. La RDA l'interprétait sur le thème de l'homme nouveau, et aujourd'hui encore sa relecture prend une saveur particulière à la lumière des errances politiques ou financières. L'œuvre de Murnau réalisée en 1926 a su préserver toute sa grandeur. Elle embrasse tous les domaines de lecture et joue sur l'allégorie magique. Avec sa force expressionniste, le trio OHR accompagnera ce chef d'œuvre dans le style jazz impro'.

Vibration de l'oeuvre de Faust aux oreilles du public.

 

Donner aux films muets un second souffle, c'est le pari d'OHR, le trio de free jazz originaire de Sarrebruck invité le vendredi 11 novembre au Katorza. Lors d'un ciné-concert, le groupe a joué sa version de Faust, chef d'oeuvre de l'expressionnisme allemand porté à l'écran par Murnau en 1926. « Je crois que c'est le film le plus dur que nous ayons mis en musique », confie Henk, le saxophoniste du trio. Les images sont en effet très fortes, « il faut leur laisser une grande place dans notre musique, se contenir, ce qui nous inspire aussi beaucoup. » Leur partition, c'est l'écran. Dans l'obscurité de la salle, ils ont retranscrit l'atmosphère en clair-obscur du mythe de Faust. « Nous improvisons beaucoup face à l'image, afin de coller au plus près à l'essence du film », explique Oliver, le percussionniste. Hier soir, le groupe a su traduire l'esprit énigmatique de Faust grâce à une composition minimaliste et aérienne, très appréciée du public. « J'ai beaucoup aimé le fait d'utiliser les instruments comme outil de bruitage. », confie Owen, un spectateur. Face aux techniques de l'époque, le public a souvent été surpris, voire amusé. Les regards inquiétants des acteurs ont à plusieurs reprises fait rire la salle, qui a tout de même frissonné sous le son des cymbales. Faust rappelle au spectateur qu'en dépit des avancées techniques du 7ème art, le film muet évoque, encore aujourd'hui, un certain âge d'or du cinéma.

Mathilde Colas, Nantes France ;  Côme Tessier, Nantes France