Journal Europa n°21

Open source : philosophie du Libre
Journal Europa n° 21
Timothée Mathelin , France
Édition Grand Ouest

C'est mon choix...


Mesdames, Messieurs, nous accueillons ce soir sur le plateau de l’édito trois représentants de la rédaction d’Europa. Je me tourne premièrement vers Hector Sirodeau, pouvez-vous nous en dire plus sur cette offre d’abonnement à un magazine gratuit ?
Voyez-vous, quand j’étais jeune, j’étais abonné à une revue de géographie dont je tairai le nom et je prenais un réel plaisir tous les deux mois quand le facteur m’apportait le nouveau numéro. S’abonner à un magazine, c’est, je dirais, jouir d’une attente excitante qui procure un délicieux sentiment d’impatience. Je m’explique. Si vous voulez, c’est un peu comme se faire servir le petit-déjeuner au lit. Il y a ceux qui se lèvent tôt et doivent graisser leurs tartines à la force de leurs mains, et il y a ceux qui, comme les abonnés, se font servir sur un plateau. Et puis, bon, vous comprendrez que s’abonner c’est aussi collectionner. Vous savez, je connais des gens qui s’abonnent juste pour récupérer les timbres sur les enveloppes et échanger ceux qu’ils ont en double avec leurs amis. Enfin j’dis ça, j’dis rien... Pour conclure, et là je rejoins l’idée de Pierre de Coubertin : l’important c’est de s’abonner. Vous me direz, pourquoi s’abonner à un magazine gratuit ? Eh bien, figurez-vous que la gratuité a un prix monsieur ! D’ailleurs, pour s’abonner on n’a besoin que d’une paire de ciseaux, d’un crayon, d’une enveloppe, d’un chèque, d’un timbre et d’une boîte aux lettres, alors ne venez pas me dire que s’abonner c’est se compliquer la vie !

Très bien, passons à ce nouveau numéro. Permettez-moi de vous demander, Philémon Lévêque, qu’en est-il de ce dossier libre ?
L’information est un nouveau pouvoir, n’est-ce pas ? Elle se marchande, se distille et se travestit. Qui maîtrise les canaux de diffusion a alors le pouvoir de sélectionner ceux qui y auront accès ou non. De plus en plus, ces canaux sont numériques et contrôlés par les constructeurs de matériels informatiques et les éditeurs de logiciels. Des domaines où les logiques commerciales commencent à être mises à mal par la culture libre. Ce phénomène, basé sur l’échange de savoir, la gratuité, la libre circulation de l’information et des compétences, va à l’encontre des logiques libérales dominantes. Comment s’est créé Linux ? Ou plutôt, comment sont arrivés les logiciels propriétaires ? Qui sont ces militants du Pingouin ? Y a-t-il une économie viable basée sur la gratuité ? Quels sont les enjeux d’une indépendance dans le choix du matériel et des logiciels ? Ces questions ne resteront pas sans réponses dans ce dossier.

Mais je vois l’heure qui tourne et m’oblige à conclure en vous demandant, Saïd Béarnais : Qu’en est-il des élections européennes ? Je sais vos lecteurs fébriles sur ce sujet brûlant...
Oui bon, c’est vrai que nous parlons de l’Europe, hein. Mais l’Europe, ce n’est pas que Bruxelles, si je ne m’abuse... Je crois qu’il est important de faire la différence. Par le passé, nous avons traité du Caucase, du Bélarus, de la Turquie, et autres. Nous entendons l’Europe au sens géographique du terme, c’est une distinction importante. Vous me direz : les frontières évoluent vite... et vous avez raison ! Depuis le 1er janvier 2007, avec l’intégration de la Roumanie et la Bulgarie, dont nous avons parlé dans nos pages également, les choses ont changé... Aujourd’hui, 12 millions de Roms sont des citoyens européens, et ce n’est pas sans poser problème aux institutions. Aux États membres également, qui se renvoient la balle... Mais je digresse. Donc oui, les élections européennes. Que dire ? Oui, il y a un désintérêt général, c’est sûr. Ça me rappelle une anecdote : il y a quelques temps, alors qu’on distribuait notre dernier numéro sur la Suisse, un lecteur me disait : «Ah oui, la Suisse, c’est original, on n’en parle pas beaucoup... Et le prochain dossier, sur les élections européennes ?» Alors si maintenant les lecteurs sont censés deviner nos sujets, vous comprenez... Bon et puis il y a une contrainte technique : nous imprimerons le prochain numéro début juin, or les élections se déroulent du 4 au 7, donc vous comprenez aisément qu’une semaine après la diffusion le journal sera déjà obsolète. Donc voilà, on fera un dossier sur le web... Même si, c’est bien connu : personne ne s’informe sur le web aujourd’hui, c’est un média complètement révolu. D’ailleurs, mon cousin webmaster me disait l’autre jour que...

Merci Saïd, je crois qu’on va être obligé de rendre l’antenne, les lecteurs demandent à lire ce magazine... ici l’édito, à vous la page 4 !

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> En couverture // shift.

«Je suis parti sur l’idée d’un portrait, qui amène l’idée de la personne, de l’humain. Le portrait, c’est l’être et l’esprit. Sur un fond de ciel, cela amène l’idée de l’âme, et de bien d’autres choses. Ce portrait pour amener un côté très spirituel au sujet. On y retrouve de la technique et du numérique. Le hardware, le câblage, l’alliance homme-machine, l’esprit ouvert par la machine. La machine qui devient prolongement, voire remplacement du cerveau. Je me suis servi d’une citation d’un bouquin qui parlait d’Internet et qui expliquait que depuis toujours l’outil est le prolongement du corps, comme par exemple le marteau était un prolongement de la main. Aujourd’hui, l’ordinateur et le réseau sont des outils qui deviennent le prolongement du cerveau. D’où l’idée de la technique dans l’Homme. Prolongement du cerveau et ouverture de l’esprit par la technique. J’amène aussi de la légèreté et de l’aérien avec les oiseaux autour. Ensuite, j’ai voulu y amener un côté épique et baroque dans l’ambiance. Malgré tout, c’est une guerre, une révolution. Une nouvelle forme de guerre, mais une guerre quand même. La guerre de l’info, du traitement de l’info, des savoirs, des partages, etc. Bref, des libertés. Le côté glaive, l’anti copyright en écusson tributaire gravé sur le front du personnage, le regard et l’air sérieux. On pourrait un peu croire que ce personnage est le chef d’une tribu. Il a un côté atemporel, mélangeant son côté apaisant, étrange, paisible, mais aussi mystérieux. Qui pourrait aller avec les a priori, les enjeux, les dangers et les intérêts d’Internet. J’ai voulu lui donner un rôle de leader. Celui d’un chef spirituel qui rappellerait le déterminisme technologique avec une sorte de déification de la technique. Personnification de ces logiciels, de ces techniques, de ces communautés qui prônent le libre savoir. C’est pour cela aussi que je lui ai donné un peu ce côté «prophète», les yeux clairs, la barbe blanche, etc. Tous ces éléments du binaire qui l’entourent et qui en font ce qu’il est. J’amène aussi une notion de liberté au travers du ciel et des oiseaux. Des éléments qui sont pour moi synonymes de liberté et de grandeur. Enfin, ce qui est sûr, c’est que l’on a un côté fantastique là-dedans. Et c’est ce que je recherchais. Le rêve, car la science et la fiction ne sont jamais bien loin. Souvent, les écrivains  de science-fiction et les chercheurs en communication trouvent ensemble les réponses aux enjeux des réseaux de demain.»

shift. // futurorg.com

 



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