Journal Europa n°20

Suisse
Journal Europa n° 20
1connu Anonyme Nowhere, France
Édition Grand Ouest

Toute une histoire


Autant entrer dans le vif du sujet. Si je vous dis Europacorp, vous me répondez quoi ?

C’était un canular. Exercice controversé auquel nous nous sommes essayés dans notre dernier numéro. Si certains y ont vu une vaste fumisterie, la démarche était tout autre. L’idée de départ est partie du fait que très souvent des gens viennent à nous en croyant qu’on est une entreprise de 12 salariés. Quand ils voient qu’on est une petite association, ils sont souvent surpris. On est parti de ce décalage et on s’est dit qu’on allait faire un canular, pour attirer l’attention des lecteurs sur l’indépendance du titre. Notre question était la suivante : «Tenez-vous à notre liberté de ton ou est-ce que vous vous en foutez ?» Donc on a inventé cette histoire avec un personnage célèbre à l’image ambivalente aux yeux du public. Certains l’adulent d’autres le détestent. Le but était bien sûr de faire réagir les lecteurs, ce qui a été le cas, comme vous pourrez le constater dans le courrier des lecteurs, en page 5. Les réactions parlent d’elles-mêmes.

 

Tendancieux d’utiliser de telles stratégies de communication dans un magazine d’information…

Possible. Après, le choix de la date n’était pas anodin. On a diffusé le magazine un samedi 13 décembre, deux ans jour pour jour après le canular de la RTBF sur la scission de la Wallonie et de la Flandre. On nous a aussi reproché notre manque de «déontologie» journalistique, alors que tout le monde s’est arrêté à la page 3, sans aller voir au-delà. On peut assimiler ça à de la communication, on peut aussi y voir un exercice critique ou un appel à la vigilance.

 

Votre démenti parlait aussi d’indépendance éditoriale...

Tout à fait, c’était aussi l’occasion de sensibiliser sur les financements des publications associatives. Diffuser gratuitement un magazine de 32 pages couleur tous les deux mois et pérenniser l’association qui emploie deux salariés, ça coûte cher. Depuis la création en 2004, nous avons choisi de diversifier les rentrées d’argent, en sollicitant à la fois des subventions publiques et le produit des ventes d’encarts publicitaires. Cet équilibre garantit notre liberté de ton et d’action. Le rachat total du projet par une structure extérieure, privée ou publique, est tout simplement impensable. On aime bien porter nos kilos de magazines à bout de bras, ça maintient la ligne.

 

Mais qu’est-ce que ça veut dire réellement pour vous être libres et indépendants ?

On va pas vous faire un dessin. Grosso modo, ça veut dire que si ici on a envie d’écrire «merde putain fait chier, bordel de cul de chèvre, je t’emmerde», et ben on le fait, voilà.

 

Le journal a bien évolué depuis vos débuts ?

C’est vrai qu’à nos débuts on bossait tous de chez nous, maintenant on est dans un bureau de 17m² gracieusement prêté, sur des chaises de jardin ! Plus sérieusement, après quatre ans d’activité, nous avons effectué une étude pour mieux connaître nos lecteurs. Ce qui est marrant, c’est qu’ils sont d’horizons très divers, de cursus très différents et de tous âges. Une majorité d’entre eux était en attente de sujets plus approfondis, donc on a cherché à fournir des dossiers plus fouillés. Plusieurs éléments convergents ont fait que nous avons amorcé ce changement de format, du journal au magazine. Aujourd’hui le projet mobilise plusieurs dizaines de personnes, et une rédaction a vu le jour à Strasbourg. Sur le traitement de l’information, l’idée reste d’aborder l’Europe de manière différente, décalée, mais sérieuse. Après on n’oublie jamais de se marrer. Et comme nous l’a conseillé Jean-Pierre Jouyet, à l’époque secrétaire d’État aux Affaires européennes, en restant «impertinents». Depuis qu’il nous a dit ça, c’est devenu un credo ! Alors on le prend au pied de la lettre, et ça donne ce que vous avez entre les mains.

 

Un abonnement à un magazine gratuit, c’est encore une blague ?

Pas du tout, nous avons des lecteurs un peu partout en France, de Dunkerque à Perpignan, en passant par Briançon ou St Jean de Boiseau, qui nous le demandent depuis longtemps. Donc c’est normal qu’on propose à des personnes de le recevoir chez eux parce qu’ils sont loins des lieux de diffusion. Nous le faisons aussi pour les structures qui veulent en recevoir plusieurs exemplaires. Et puis c’est une forme de soutien, 35 euros par an c’est pas la mer à boire... et encore moins une méduse à avaler !

 

Mais en fait, cet édito en forme d’auto-interview, c’est pas un peu mégalo de votre part?

Merde putain fait chier, bordel de cul de chèvre, je t’emmerde...

 



Emmanuel Lemoine, Paris, France

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