FRANCE | Au revoir Moscou

05/02/07 | Clément Pétreault

Capitale fantôme d’un empire disparu, Moscou reprend ses esprits. La vitesse est soutenue et la démarche foncièrement libérale. À l’Est rien de nouveau ? Pas sûr...

Derrière la Cathédrale Ste Basile, un ancien magasin d’Etat a été transformé en centre commercial de luxe.
Clément Pétreault
Paris France

Moscou est un immense chantier. On finit d'y effacer en silence les vestiges du communisme. À deux pas de la place Rouge, un hôtel du plus pur style soviétique vient d'être démoli pour dégager la vue et les rives de la Moscva. Le champ de ruines est caché aux passants par une immense bâche publicitaire qui vante les mérites d'un téléphone portable dernier cri. Les couleurs sont vives et tranchent avec la grisaille oppressante de la ville. Nous sommes au début du mois de décembre, il fait 12 degrés, du jamais vu de mémoire de Moscovite. La ville est embouteillée. C'est un phénomène récent sur ces larges avenues. La faute, paraît-il, à une loi votée en 2005, qui facilite l'achat d'un véhicule aux plus modestes. Ici, la balladurette s'appelle la poutinette.

À l'Est de l'Europe

Un regard circulaire sur la place Rouge suffit pour embrasser l'histoire de la ville. La Cathédrale Ste Basile avec ses bulbes colorés, se dresse toujours fièrement après cinq siècles d'existence. Même s'il ne se visite plus, le mausolée de Lénine est encore gardé par des soldats. Il se tient au pied du Kremlin, une vieille bâtisse fondée il y a huit siècles. Palais des Tsars, puis des soviets, c'est aujourd'hui le domaine du Président Poutine. Même lieu, autres règles. Le siège du pouvoir fait face à un ancien magasin d'État - Goum - qui a été transformé en centre commercial de luxe. Noël approchant, il a été habillé de guirlandes de lumières, à la manière de son mentor londonien Harrods. Dix-neuf ans après l'effondrement de l'URSS, Moscou est devenue la championne du capitalisme à l'Est de l'Europe.

Flambée des loyers

Ici, la vie souterraine est importante. Pour traverser les larges avenues, les piétons doivent emprunter des souterrains peuplés d'innombrables petites boutiques. On y vend de tout : journaux, sandwichs, chaussures, DVD ou fleurs... Les échoppes sont minuscules, comme le salaire de ceux qui tentent de survivre dans une ville qui rejette à la périphérie les classes modestes et moyennes. Une jeune ingénieur nous explique qu'elle doit débourser plus de 800 dollars par mois pour louer un studio à 3/4 d'heure de train de Moscou. Finalement, se loger à Paris devient une affaire. En 2005, le revenu moyen par habitant de Moscou s'élevait à 550 euros. Il était de 150 euros pour le reste du pays. La capitale n'accueille plus que les privilégiés. Moscou se réinvente. Le café Pouchkine en est un parfait exemple. Rendu célèbre par la chanson de Bécaud, il n'existe pourtant que depuis 1999... L'illusion d'un lieu baigné d'histoire serait parfaite, si ce n'était pas une clientèle d'affaires qui occupait le rendez-vous des poètes. Les autres cafés ne se donnent pas la peine d'inventer un passé qu'ils fuient. Au contraire.

Mondialisation, standardisation

Comme partout, la mondialisation grignote l'âme des pays qu'elle conquiert. Mais rares sont les Russes qui la rejetteront en bloc. Au prix de profondes inégalités, ils sont entrés dans une forme de modernité occidentale. Les enseignes qui parsèment la route de l'aéroport en sont la preuve. Ikea, Auchan, Métro, etc. Ils sont tous là. Les abords de toutes les capitales finissent par se ressembler. À l'inverse, certaines entreprises russes se font une place sur les marchés internationaux. C'est le cas de Kaspersky, l'éditeur de logiciels anti-virus. L'entreprise se porte bien, ses locaux flambants neufs et ses dizaines de jeunes informaticiens en témoignent. Le temps des virus développés par des pirates boutonneux est révolu, la cyber-criminalité est un terrain passé aux mains d'experts internationaux, spécialisés dans le vol de données personnelles ou financières. Eugène Kaspersky, ancien informaticien au KGB, en sait quelque chose. Voilà dix ans qu'il travaille pour mettre un terme aux attaques informatiques. Sur son passé, il n'a aucun complexe. Pour faire de la cryptographie avant 1989, il n'y avait que le KGB.

Poutine, philanthrope ?

Une rencontre inopinée avec une traductrice de l'ambassade de France en Russie invite à la réflexion. Sommes-nous ethnocentrés au point de nous tromper sur Poutine ? Exerce-t-il une pression politique importante sur les représentations diplomatiques en Russie ? La traductrice s'emporte et livre le fond de sa pensée. Poutine manque de fermeté à l'égard de ses concitoyens et de la presse européenne qui s'est inventé une éthique en se gargarisant des malheurs de la Tchétchénie. La journaliste Anna Politkovskaya n'était rien et sa capacité de nuisance était ridicule. Pourquoi le pouvoir l'aurait-il supprimée ? Alexandre Litvinenko ? Un petit truand. Qu'il ait été assassiné à l'aide d'un combustible pour centrale nucléaire ne prouve rien. Les Européens ? Ils n'en veulent qu'à l'énergie russe. Normalement, les textes constitutionnels interdisent à un président deux fois élu de se représenter. Il ne sera donc plus au pouvoir d'ici un an. Elle n'imagine pas une seconde que Poutine puisse modifier les textes en sa faveur. Les paris sont pris. Travailler en ambassade se fait sans doute au prix de quelques concessions idéologiques.

>> Un jour, une photo... Sur www.photophage.fr, Clément Pétreault expose ses clichés au quotidien.

Rédacteur :
Clément Pétreault, Paris France

Empire State Building à la russe. On le retrouve dans tous les anciens pays de l’URSS.
Empire State Building à la russe. On le retrouve dans tous les anciens pays de l’URSS.Clément Pétreault
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L’illusion d’un lieu historique est parfaite. Pourtant, l’ouverture du café Pouchkine date de 1999.
L’illusion d’un lieu historique est parfaite. Pourtant, l’ouverture du café Pouchkine date de 1999.Clément Pétreault
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Certaines entreprises russes se sont spécialisées dans la lutte contre la cybercriminalité.
Certaines entreprises russes se sont spécialisées dans la lutte contre la cybercriminalité.Clément Pétreault
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Le métro, vestige soviétique de la capitale russe.
Le métro, vestige soviétique de la capitale russe.Clément Pétreault
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Moderne, jeune, dynamique : l’entreprise russe a su se réinventer, à l’image de l’éditeur de logiciel Kaspersky.
Moderne, jeune, dynamique : l’entreprise russe a su se réinventer, à l’image de l’éditeur de logiciel Kaspersky.Clément Pétreault
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