Ciné // CC license
Stéphane Langer
Paris France
Qu'est-ce que l'intimité ? N'est-ce pas cet état qui nous voit naître, non loin du sein découvert de la maternité. Nu, nue. Nue, nu comme un ver fragile qui pourrait se briser. Au milieu du nouveau monde, l'enfant crie, pour retrouver l'intimité profonde des entrailles d'une maman. Il crie l'enfant qui naît. Tantôt glacé par les locaux aseptisés d'un hôpital blanc, tantôt brûlé par un soleil assassin sur cette peau qui n'a pas encore mué. Au sein du 7e art, cet état naturel a été vu, revu, joué et rejoué, n’en déplaise aux mœurs puritaines.
Si en 1895 les frères Lumière ravissent l'opinion publique avec leur nouveau cinématographe, la simple Arrivée d'un train en gare ne suffit plus longtemps à impressionner les spectateurs. Dans les années 1900, nombreux sont ceux qui retranscrivent l'image du sexe en général, en France notamment où l’on est friand de cartes postales pornographiques tout comme des films courts en plan fixe montrant des ébats simulés. Toutefois rien de bien transcendant au niveau purement artistique. Mais en 1920, avec Erotikon, le finlandais Mauritz Stiller marque une époque où le cinéma populaire véhicule une image guindée et religieuse. à travers des allusions pudiques, telle que la polygamie des papillons tropicaux, il prône déjà un libertinage assumé.
A l’orée des années 1930, un courant artistique se réveille en Europe, insufflé par les Dadaïstes : le surréalisme. Au travers de collages, de poèmes, de photos chocs et de symboles détournés, André Breton, Man Ray, Raoul Ubac, Paul Eluard, Picasso et Dalí forment et déforment les corps qu’ils côtoient lors d’une nuit d’amour ou d’un rêve éthylique. Un bon exemple de film choc est bien L'âge d’or (1930) de Luis Buñuel. Il transgresse les idées reçues à chaque image que la caméra, extraordinaire machine, imprime sur nos rétines... Le nu attire, tente et donne à être vu.
Quand le cinéma populaire et la morale voient un sein ou un sexe qui apparaît trop longtemps, il est interdit ou très vite rendu coupable de s’être montré à tous. Ekstase (1933-Allemagne) de Gustav Machaty est le premier film grand public à montrer une femme nue, un sein découvert qui nourrirait presque le spectateur. La nudité au cinéma est plus souvent suggérée que montrée, ce qui rajoute un côté obscur et plein de désir au sexe. La nudité gagne de ce fait en érotisme en devenant secrète, intime et jamais à la portée du premier œil venu. La complète nudité, celle de l’âme, devient affaire du privé.
Dans un élan de repenti et d’exotisme, l'austro-germano-américain Fritz Lang qui donnait déjà à voir une femme nue en 1922 mais sous la forme d’un robot dans Metropolis donne également dans l’historico-érotique, son genre préféré, avec Le Tigre du Bengale en 1958. En 1962, dans Lolita, adapté du roman éponyme de Nabokov, Stanley Kubrick montre à son tour les limites de la sexualité et de la pudeur entre une jeune fille et un vieux monsieur, usant d’une touche d’ambigüité. Tout pour choquer les critiques puritains avec les apparitions loufoques de Peter Sellers, en double moralisateur fou du héros James Mason. Ici, apparaissent en image les pensées d’un livre qu’on n'osait sortir, caché par le voile pudique du secret intime.
Russ Meyer, ancien soldat ayant débarqué en Europe en 1945 sous le bruit des balles, comprend très vite, avec les pin-up, que le sexe et les poitrines généreuses font vendre. Il s’empare de ce fantasme en pleine révolution sexuelle, qu'il mélange à la violence en créant un genre à lui tout seul : le Nudie. Mais aussi le film X avec Faster Pussycat ! Kill ! Kill ! en 1966 puis la série des Vixens. Le film hardcore américain surfera sur ce courant pour proposer du sexe cru, proche de l'anatomie, contrairement aux films softs qui ne montrent que des jeux sexuels sans pénétration. Ce ˝X˝ servira par la suite à interdire les contenus pouvant choquer les mineurs. Telle une croix qui barre le passage il ornera plus tard les films pornographiques.
Cette révolution sexuelle chamboule la jeunesse et tout l'Occident, un vent de contestation souffle, contre la guerre et pour l'amour. L'idée d'un nouveau monde naît petit à petit, où l'on vit nu, où l'on s'aime tous pour rejeter l'oppression. Dennis Hopper dresse un bilan à chaud de cette période dans Easy Rider. Drogues, sexe et liberté se côtoient sans pour autant plaire à l'opinion publique toujours frileuse des mutations morales en cette année 69.
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Sources :
- Jürgen Muller, Films des années 20;30; 40; 50; 60, Ed. TASCHEN 2007-2004.
- Collectif La subversion des Images, Ed. du Centre Pompidou 2009.
- Vincent Pinel, Genres et Mouvements au cinéma, Ed. Larousse 2006.
Rédacteur :
Jean Berliet, Nantes France