EUROPE | Entre mitre et cochon

01/06/10 | Pierre-Alexandre Charrier

Du XVIIe au XVIII siècle, nos prédécesseurs ont eu quelques pensées et écrits qui ont choqué leur contemporain. Lisez, voyeurs, pour apercevoir les courbes généreuses du libertinage...

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Dring, dring. Au XVIIe , le libertin s'apparente à « un homme aimant le plaisir, tous les plaisirs, se sacrifiant à la bonne chair, le plus souvent de mauvaises mœurs, raillant la religion, n'ayant d'autre Dieu que la nature, niant l'immortalité de l'âme et dégagé des erreurs populaires. »1
Au Moyen-âge, le libertin, c'est l'affranchi ou l'esclave sarrasin converti au christianisme. Le libertin considère sa vocation à être en-dehors du droit positif, des règles morales et de la bonne conduite. Il s'insurge contre toute autorité, notamment la figure du Père.
Au XVIIe siècle, Chavigny de la Bretonnière, bénédictin, avait publié parmi d'autres nouvelles Le cochon mitré dans La Gazette d'Amsterdam, pamphlet sur le dévergondage d'esprit de l'archevêque de Reims (Le Tellier). Aussi, le journaliste s'attaqua à l'incarnation même de l'absolutisme, Louis XIV en personne, dans Les lardons. Cette liberté de ton et son départ d'Amsterdam à Utrecht pour « une partie de plaisir »2 lui coûta les geôles du Mont Saint-Michel de 1685 à 1705, date de son arrêt de mort.


Dans le respect des règles de Saint Benoît, l'auteur, défroqué en 1688, quitta sa vie monastique pour publier La Vénus dans le cloître ou la Religieuse en chemise, discours anticlérical, épicurien, voire féministe. L'histoire d'une sœur experte en la matière, fait du corps et de l'âme de la novice un brasier. Sœur Agnès, naïve et pure de supplier : « Ah Dieu ! Sœur Angélique, n'entrez pas dans ma chambre, je ne suis pas visible à présent. » Et sœur Angélique, irrésistible : « L'honneur et l'ambition qui sont venus troubler le repos des cloîtres, obligent celles qui y sont entrées à se partager, et à faire souvent par prudence ce qu'elles ne peuvent faire par inclination. »
Le libertin était admonesté et diabolisé par l'étendue des libertés qu'il prenait sur la morale religieuse et l'éthique sociale. La débauche, c'est l'orgie d'esprit que les libertins exprimaient, tel le Marquis de Sade dans Les Infortunes de la vertu. Ce sont ces discours philosophiques servant à expérimenter les frontières de l'acceptable, du désir sexuel jusqu'au sadisme.
Le libertin n'est pas pour autant un imposteur, qui cherche à duper et corrompre. Dans notre société moderne, les théologues de métier préconisent d'arrêter le préservatif pour revenir à la vraie nature de l'homme : pulluler. Les athées dénoncent l'immoralité du propos, pour les ravages d'immuno-déficience-acquise. Et ils ont raison ! Mais, à trois siècles près, sur les considérations de la nature et de la morale, c'est le monde à l'envers.


Au final, qui de la mitre ou du cochon se ventera de convaincre en premier la sainte-nitouche ? Se satisfaisant de propos salaces, de considérations lubriques jusqu'à la nausée, les athées, acquis au latex, se préservent du vrai plaisir de la chair. De l'autre côté, les cours de catéchisme s'intensifient. Au fur et à mesure, les jeunes convertis en parlent le moins, mais en mangent le plus !


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Sources :
1. Frédéric Lachèvre, Libertinage au XVIIe siècle, Bibliothèque de la Pléiade.
2. Pierre Marteau, La guerre d'Espagne..., Cologne, 1707.

Rédacteur :
Pierre-Alexandre Charrier, Nantes France