SLOVAQUIE | Dialogues de sourds et sonotones

16/04/10 | Elena Bartosova

Dans nos sociétés, la différence entre les générations est souvent perçue comme l'écart entre des groupes d’individus ayant plus ou moins le même âge. On a tendance à faire des comparaisons entre la génération de nos grands-parents, nos parents et la nôtre. Mais contrairement aux sociologues, les statisticiens ainsi que les journalistes voient ce fossé entre générations sous un autre angle.

« prendre conscience d’une différence entre les générations c’est déjà faire le premier pas pour se comprendre. » © Julie Bretaud
Julie Bretaud
Nantes France

Zuzana Kusá1 explique que « la définition de génération ne correspond pas seulement à l’âge. Les expériences communes sont bien plus importantes, car elles créent des valeurs ». De plus, rien n’empêche les gens du même âge de s'opposer par leurs divergences d'opinions.

Entre parents et enfants
L’écart intergénérationnel au sein de la famille s’illustre de manières diverses et variées : il n'y a encore pas si longtemps, les enfants marquaient leur respect envers leurs aïeux en les appelant « Sie » et « Du », termes issus de l'allemand. Aujourd'hui en Slovaquie, les personnes utilisant le pronom « Sie », ne le font pas pour s'adresser à un membre de leur famille, si ce n’est les grands-parents. Même si cela est devenu quelque peu démodé, certains l'utilisent encore. Anna Hricková, une Slovaque de 22 ans, a cinq frères et sœurs. Elle vit en Grande-Bretagne depuis plus de 3 ans et elle a grandi à une époque où l'on vouvoyait ses parents. Elle a appris ainsi à les respecter, mais elle a en même temps ressenti que cela creusait un fossé entre eux.

Une différence dans le passé et le présent
Malgré les écarts de générations que l'on peut  rencontrer aussi dans le monde du travail, ce phénomène social est très fréquent au sein de la famille. Bien que, d'après Kusá, en Slovaquie la différence d’âge entre parents et enfants de 20 à 30 ans, ne soit pas si énorme. Kusá l’explique par le fait que les mariages précoces étaient monnaie courante durant l'ère socialiste. Par conséquent, les femmes donnaient naissance à leur premier enfant vers 20 ans.

Vivre sous un seul et même toit
Aujourd’hui, l'écart générationnel entre parents et enfants n'est pas si grand. Mais en même temps, la différence de générations est évidente dans les foyers où cohabitent 3 voire 4 branches de l’arbre généalogique. La plupart des jeunes d'aujourd'hui refusent plus ou moins l'idée de penser au futur, mais depuis quelques années, c’est devenu plutôt normal, en raison de la situation économique du pays. La sociologue Kusá révèle que « l'incertitude du logement et de l'emploi mettent sous pression de plus en plus de générations, qui décident de vivre ensemble dans une seule maison ». Le nombre de « colocations » a augmenté entre 1991 et 2001 de façon remarquable et a rejoint le même niveau qu'en 1961.

De mieux en mieux...
Malgré les préjugés négatifs que l’on a face au mode de vie multi-générationnel, les jeunes issus de familles nombreuses voient les choses de façon plus positive. Anna et Miriama voient les discussions avec leurs frères et sœurs plus âgés comme une bonne préparation à la vie. Selon elles, il est beaucoup plus avantageux d'apprendre via leurs erreurs. De plus en plus, les anciens aident ainsi les plus jeunes. La sociologue Kusá affirme que la vie multi-générationnelle est plus facile aujourd'hui. « Contrairement à une époque passée, les parents sont plus tolérants envers leurs enfants. Ce n'était pas le cas, il y a une dizaine d'années. » Et notre sociologue de conclure sur cette note positive : « prendre conscience d’une différence entre les générations c’est déjà faire le premier pas pour se comprendre. »

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1. Sociologue à l'Académie des Sciences de Slovaquie.

Rédacteur :
Elena Bartosova, Bratislava Slovaquie