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Par delà les privations, les années sous le joug de l’Union soviétique apparaissent encore sous un jour positif et bienveillant pour beaucoup de citoyens ex-soviétiques. L’image qu’en garde une certaine partie de la population reste celle d’une époque où l’existence était plus facile et finalement heureuse. Cette nostalgie peut surprendre ou mettre mal à l’aise bon nombre d’observateurs occidentaux au vu de la situation dans laquelle baignaient ces Républiques à l’heure soviétique. Mais pour des personnes âgées aujourd’hui d’une quarantaine d’années, l’époque soviétique renvoie à leurs vingt ans, à leur jeunesse révolue et non pas forcément au contexte politique d’alors. C’est par ce prisme singulier qu’une nostalgie de l’ère soviétique ressurgit parmi une frange de la population ukrainienne. Olga, 38 ans, professeur de français à l’Université Nationale et à l’Alliance Française de Dniepropetrovsk, ville de l’Est de l’Ukraine, porte ainsi un regard plutôt mélancolique sur les années Gorbatchev. Un grand sourire s’esquisse sur son visage quand elle se remémore certains souvenirs de son enfance. Elle fut pionnière, participa aux Komsomols, les camps d’été de la jeunesse communiste et, de son regard d’enfant, ne vit rien de l’instrumentalisation dont elle fut l’objet par l’Etat. Cette naïveté imputable à son jeune âge a pourtant perduré bien au-delà de l’adolescence. Comme tout protagoniste d’une histoire qui le dépasse, Olga a mis de longues années à pouvoir porter un regard critique sur son passé et les agissements de la classe politique de l’époque. Il aura fallu bien des discussions avec des personnes étrangères à l’URSS pour comprendre les absurdités et l’autoritarisme qui ont rythmé sa jeunesse. Mais malgré cette conscience tardive des événements, lorsqu’elle revient sur cette période, ce sont ses projets, son insouciance de jeune femme qui l’emportent sur les difficultés de la vie quotidienne d’alors. Sa nostalgie du passé se cristallise autour de l’image de la jeune femme qu’elle était et qui s’est effacée au profit de la mère de famille d’aujourd’hui, donnant jusqu’à 40 heures de cours de français hebdomadaires pour faire face aux difficultés de la vie actuelle en Ukraine. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ces années bercées par le communisme furent pour elle les années de tous les possibles, où ses désirs n’étaient pas entravés par les soucis d’un quotidien qui l’assaillent désormais. Dédier son existence à un travail intellectuel ne rapporte plus autant que durant l’ère soviétique. La misère sociale dans laquelle se retrouvent dorénavant les ingénieurs, les médecins, les professeurs d’Ukraine, à l’instar des autres pays d’Europe de l’Est et d’Asie Centrale, soulignent les dysfonctionnements à l’œuvre dans les structures publiques de services des nouveaux Etats indépendants. Qu’il est loin le temps où être professeur d’université était une place enviable et prestigieuse dans la société. Les salaires étaient payés à la fin de chaque mois et permettaient de mener une existence correcte. De l’Union soviétique, Olga retient surtout cette nécessité de mener sa vie en parallèle de l’Etat, de ne pas compter sur celui-ci pour l’aider à mener une existence convenable. Le système de troc à l’honneur au temps de l’URSS se perpétue encore en Ukraine, où faire du business au noir est indispensable pour joindre les deux bouts d’une vie instable. Or enseigner ne produit que de l’immatériel, des savoirs difficilement vendables au coin de la rue, après une journée d’ores et déjà dédiée au travail. Olga, comme ses collègues, doit se démener et multiplier les cours particuliers pour assurer à sa famille un train de vie décent.
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