UKRAINE | Entre marasme et dépression

31/03/10 | Eva Bertrand

Durement touchée par la crise de 2009 et prisonnière d’intrigues politiques en chaîne, l’Ukraine présente au lendemain des élections présidentielles un profil économique contrasté. Retour sur le déroulement d’une catastrophe dénoncée…

Dniepropetrovsk
Eva Bertrand
Nantes France

A l’heure d’élire un nouveau Président, l’Ukraine fait ses comptes. Or pour l’un des pays d’Europe les plus fortement touchés par la crise économique, les indicateurs sont alarmants. Le taux de change de la Grivna (monnaie nationale) s’est effondré, le taux de développement pour 2009 connaît un recul de près de 15%, et les perspectives de croissance pour l’année à venir ne sont guère encourageantes.
Alors qu’en 2004, l’Ukraine présentait un fort taux de développement de plus de 12%, et voyait affluer de nombreux investisseurs étrangers encouragés par la poussée démocratique de la Révolution orange, la situation six ans après est toute autre. Le pays s’est, sous l’effet conjugué d’une crise économique et politique, transformé en «
un champ de ruines », selon l’expression d’un diplomate français. Aujourd'hui, faute de budget public, le pays vivote au jour le jour sans idée précise de l’état de ses finances. Les ressources de l’Etat n’étant pas centralisées, leur évaporation est tangible, et les dépenses ne sont pas contrôlées. L’un des premiers impératifs s’imposant au nouveau Président, Viktor Ianoukovitch, réside donc dans la stabilisation de la situation économique du pays qui passe par un apaisement politique.

Chamailleries et corruption

Les luttes politiques entre l’ancien Président, Viktor Ioutchenko, et sa Premier ministre, Ioulia Timochenko, ont rendu impossible toute gestion des difficultés économiques. Le gouvernement d’alors s’est montré incapable de réagir correctement. La concurrence permanente entre les forces politiques en présence a noyauté la prise de décision et aucune action de régulation économique n’a pu aboutir. Ce désordre politique a notamment conduit le Fonds monétaire international à suspendre le prêt de 16,4 milliards de dollars qu’il avait accordé à l’Ukraine.

S’ajoutent à la crise des problèmes de gestion plus fondamentaux, notamment une forte collusion entre intérêts publics et privés et une corruption intarissable. Le pouvoir politique est soutenu par les hommes d’affaires, chaque parti s’appuyant sur son propre réseau d’entrepreneurs. Selon Svetlana Zalishchuk, présidente du collectif d’associations United Actions Centre, « la bataille politique est donc aussi une bataille pour le business, tout business étant associé à une couleur politique ». Elle ajoute que l’économie s’est par conséquent retrouvée « otage des luttes politiques ». 

La corruption concerne l’ensemble des niveaux et des secteurs de la société ukrainienne – le secteur privé comme le secteur public (université, hôpital) –, ce qui étouffe le commerce et restreint la reprise. La création d’une entreprise, par exemple, nécessite beaucoup d’argent et la corruption touche fortement les entrepreneurs dans leur quotidien. Svetlana Zalishchuk souligne le besoin pour le pays d’établir et surtout de faire respecter, par tous, des « règles justes » dans différents domaines afin de réunir le pays autour d’un projet de société durable.

Coupe nette

Par delà le milieu des affaires, la classe moyenne est, chaque jour, confrontée à de nombreuses difficultés et bénéficie d’une protection sociale limitée. Il est ainsi très fréquent, pour une majorité d’Ukrainiens, de cumuler plusieurs emplois pour faire vivre une famille. La crise économique n’a fait qu’accroître cette situation pénalisant notamment les détenteurs de crédits en dollars pour lesquels la chute de la Grivna s’est avérée catastrophique, ainsi que de nombreux fonctionnaires qui ont vu leur salaires substantiellement réduits – la rémunération des professeurs des universités a été diminuée de moitié en 2009.

Néanmoins, la situation ne rend pas justice aux possibilités réelles du pays. Guennadi Chyzhykov, président de la Chambre de commerce de Donetsk, souligne l’importance de la position géographique de l’Ukraine qui en fait un carrefour stratégique entre le grand marché économique que constitue l’Union européenne, et le grand marché de ressources naturelles qu’est la Russie. L’Ukraine est donc foncièrement un pays de transit. Elle a également beaucoup de ressources naturelles (gaz, pétrole, charbon), et une population nombreuse, de quelques 46 millions d’habitants. En 1991, l’Ukraine était l’un des pays les plus riches d’URSS, qui a donc aujourd'hui besoin de trouver une place dans la carte de l’économie européenne et mondiale.

Rédacteur :
Eva Bertrand, Nantes France