UKRAINE | Les débuts surprenants de V. Ianoukovitch

30/03/10 | Ulrich Huygevelde

Cinq ans d’opposition n’auront peut-être pas permis de transformer Viktor Ianoukovitch en bête de scène – il est toujours un assez piètre orateur – mais lui auront au moins permis de travailler ses talents de stratège.

Ukraine, caméras de presse
Ulrich Huygevelde
Brussels Belgique

Cantonné, de par son attitude pendant la Révolution orange, au cliché peu enviable du tricheur ou du mauvais perdant affublé, de surcroît, de manières balourdes, le nouveau président effectue cependant un début sans fautes et surprenant à la tête de l’Ukraine.

Beaucoup de commentateurs s’accordaient à prédire à Viktor Ianoukovitch des débuts difficiles notamment dans la lutte qu’il devrait mener pour se débarrasser de l’encombrante premier ministre Ioulia Timochenko, qui disposait encore d’importants soutiens au Parlement et qui avait annoncé qu’elle ne se laisserait pas voler son poste sans coup férir. A la surprise générale, celle-ci a dû s’effacer début mars, le nouveau président étant parvenu à rallier à lui en un temps record un nombre de députés suffisants pour la destituer et lui substituer un homme de confiance.

Pour les Ukrainiens habitués pendant les cinq dernières années à des négociations politiques sans fin et parfois sans but, la manœuvre du nouveau président tient véritablement de la performance et il y gagne des galons de stratège qu’on ne lui connaissait pas. Il s’est même permis un geste d’ouverture et de bonne volonté en nommant un de ses opposants de la campagne présidentielle au poste de ministre de l’Economie. Celui-ci aura fort à faire pour tenter d’assainir des finances dans le rouge et pour rétablir la confiance avec les créanciers internationaux.

Dans le même esprit d’ouverture, il est revenu sur la proposition qu’il avait faite de donner à la langue russe le statut de langue d’Etat avec l’ukrainien. Une manière de donner des gages à la population de l’Ouest du pays attachée à la langue ukrainienne, plus nationaliste et très réticente face au retour de la langue russe.

Une Ukraine « hors blocs »

Apparemment bien conseillé, le nouveau président a également créé la surprise sur le terrain diplomatique, annonçant que l’Ukraine souhaitait se positionner comme une puissance « hors blocs », une façon de refuser de choisir entre la Russie et l’Europe, des alternatives entre lesquelles l’Ukraine ne peut de toute façon pas véritablement trancher.

Alors qu’on l’attendait à Moscou, c’est à Bruxelles qu’il a effectué sa première visite à l’étranger depuis son investiture. Celui qui dénonçait durant sa campagne « l’hystérie européenne » de ses adversaires a répété les aspirations de l’Ukraine à rejoindre l’UE, tout en adoptant un discours bien plus pragmatique sur cette question que son prédécesseur.

Il a également tout de suite apaisé les relations avec Moscou, en déclarant notamment que les deux pays « sauraient s’entendre » à propos de la location par la Russie d’une base navale à Sébastopol en Crimée. Réfutant l’image de pro-russe dont on l’affuble volontiers en Occident, Viktor Ianoukovitch a cependant répété le refus déjà formulé par son prédécesseur de voir l’Ukraine rejoindre une Union douanière avec la Russie.

Manière de voir son pays retrouver une certaine visibilité sur la scène diplomatique internationale, il a enfin invité la Russie et les Etats-Unis à organiser à Kiev la cérémonie de signature du traité de réduction des armements stratégiques entre la Russie et les Etats-Unis qui devrait se tenir prochainement.

« S’il réoriente la politique étrangère, ce n’est pas parce qu’il est « pro-russe » mais pour une question de pragmatisme et parce que c’est ce que les gens attendent » commente Sergei, journaliste à Donetsk. « Par contre il devra faire particulièrement attention à mettre fin à l’expansion des intérêts russes en Ukraine, c’est là le vrai problème. Beaucoup disent d’ailleurs que si Ianoukovitch est bien le président de l’Ukraine, c’est la Russie qui en est propriétaire ».

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Biographie – Viktor Ianoukovitch

9 juillet 1950 : naissance à Enakievo, dans la région de Donetsk, d’un père mécanicien et d’une mère infirmière.

1967 : renvoyé du lycée technique d’Enakievo pour avoir été condamné par la justice.

1969 : entre à l’usine comme ouvrier, puis occupe différents postes de direction dans l’industrie de la région jusqu’en 1996.

1997-2002 : président de l’administration de la région de Donetsk. 2002-2004 : Premier ministre.

Avril 2003 : élu président du Parti des régions.

Octobre 2004 : candidat à la présidentielle.

Novembre 2004 : vainqueur du deuxième tour de la présidentielle face à Viktor Iouchtchenko, mais accusé de fraude. La “révolution orange” est en marche.

26 décembre 2004 : “troisième” tour de la présidentielle, remportée par Viktor Iouchtchenko. mars 2006 : son parti remporte les législatives.

2006 - 2007 : Premier ministre.

Février 2010 : vainqueur de la présidentielle face à Ioulia Timochenko.

Rédacteur :
Ulrich Huygevelde, Brussels Belgique