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A Djopivogur, village de pêcheurs dans les fjord de l'est islandais, loin des problèmes financiers de la capitale, au détour d’une conversation avec des marins, la vision des Européens est pour le moins surprenante. Nous sommes vus comme des « travailleurs 9h-16h » s'ennuyant et ennuyeux. Apparemment, il existe en Islande une flexibilité que l'on ne peut comprendre. Pour eux, la crise économique n'avait aucune incidence, les poissons, même avec une dépréciation importante de la couronne islandaise, ont décidé de rester en Islande. La crise économique ne touche que Reykjavík et sa région. Ils étaient même heureux de la tournure qu'ont pris les évènements, car la vérité sur les stratégies financières a été mise au grand jour. Pour eux, l'argent facile n'existe pas et le retour à une vie de labeur n'est que justice. De plus, ces pêcheurs étaient absolument opposés à l’idée d'accepter les quotas restrictifs de Bruxelles. Pourquoi accepter des règles venant de gens qui ne sont jamais monté sur un bateau, ni même venu en Islande ? Encore pire, il leur fallait accepter le partage de leurs zones de pêches ! Celles-là même qu'ils ont gagné face à l'Angleterre et qui les a rendu si riche.
Indépendance des filets
L'économie islandaise a vécu pendant des décennies sur deux industries : la pêche et l'aluminium. Alors que certains pays européens, dont la France, se battent afin de ne pas rendre les quotas encore plus restrictifs qu'ils ne le sont déjà. Alors que certaines espèces, comme le tristement célèbre thon rouge, sont pêchées au point de ne plus pouvoir atteindre l'âge de reproduction. Est-ce que l'Islande accepterait de s'aligner sur les décisions de la Commission, plus strictes que leurs mesures nationales ? L’indépendance économique est autre point particulièrement sensible. Bien que l'Islande ait reçu son indépendance du Danemark en 1944, la présence d'une base militaire américaine sur leur territoire depuis donna l'impression à la population d'être soumise. Sentiment amplifié par l'obligation d'adhérer à l'OTAN dès sa création, jusqu'en 2006, date à laquelle les Etats-Unis décidèrent finalement de fermer la base de Keflavik. Aujourd'hui, bien que la croissance du secteur de la pêche soit négative, sa valeur ajoutée reste-elle toujours positive de 5 %, la population vivant de l'industrie de la pêche reste importante en dehors de la capitale. Au-delà des chiffres, l'industrie de la pêche est un symbole d'indépendance. A aucun prix, la population islandaise est prête à accepter une redéfinition de cette dernière. Encore heureux qu'aujourd'hui l'Islande ne pense plus à la chasse à la baleine, non seulement pour des raisons environnementales, mais aussi politiques.
Intégration monétaire
L'Islande n'a pas découvert son hypothétique avenir européen suite à l’important choc financier de 2008, il l'a juste accéléré. Cela fait plusieurs années que les délégations islandaises se succèdent à Bruxelles dans le but de convaincre les autorités européennes de rejoindre l'Union Économique et Monétaire, sans pour autant vouloir rejoindre l'Union elle-même. L'Islande est depuis la privatisation de son secteur bancaire conscient des risques liés à sa monnaie et cherche dès lors à se protéger par l'adoption d'une monnaie forte, l'Euro. La Première ministre, Jóhanna Sigurðardóttir, a remporté son élection grâce à une campagne reposant sur l'intégration européenne. Cependant, cette intégration commence par des négociations. Il y a encore deux ans, l'Islande pouvait se doter d'un poids certains dans ces négociations. Aujourd'hui, le pays n'a plus rien à proposer. Son industrie financière est à genoux et elle uniquement fait partie de l'Espace Economique Européen (EEE) depuis 1972, garantissant le libre-échange avec le continent et lui ouvrant la porte à des initiatives européennes. L'Islande doit à l'Europe le prêt qui a été accordé par le FMI. Bref, l'Islande se retrouve dans une position bien moins favorable qu'avant. On peut avoir des craintes quant aux sacrifices que pourrait faire le pays pour accéder à l'Union. Est-ce que la population de l'Islande acceptera de se voir imposer des règles auxquelles ils n'ont pas pris part ? Avec ses 300 000 habitants, l'Islande n’aura pas plus d'eurodéputés que le Luxembourg et, avec le traité de Lisbonne, il est possible qu'elle n’ait aucun commissaire. Ces derniers faits seraient pris par beaucoup comme la résignation de leur indépendance encore si jeune. C'est avec de grandes questions que l'Islande attend l'avis de l'Union sur leur accession, et surtout, dans le domaine des concessions.
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