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« Ma religion, c’est toujours le progrès de la raison, c’est-à-dire de la science. » Au XIXe siècle, Ernest Renan l’affirme déjà : la foi en la science permet de régler tous les problèmes de l’humanité. Ce point de vue prétend que la science porte en elle toutes les solutions aux souffrances de l’Homme, que pour chaque mal il existe une solution universelle et scientifique, et que, par conséquent, notre devoir est de faire progresser la science afin de sauver les peuples. En d’autres termes, le progrès technique serait la clé de voûte de l’humanité, le ciment de notre bonheur. Ce postulat induit que la science serait le seul remède à nos maux et que les autres croyances, qu’elles soient politiques, philosophiques ou religieuses, seraient obsolètes. Plus de sciences sociales, plus de religion et plus de politique ? Les scientistes les plus radicaux prônent même le remplacement des politiciens par des savants, remettant en cause la démocratie. Dans cette perspective, le politique disparaît devant la gestion scientifique des problèmes et toute querelle idéologique ne relève alors que de l’ignorance ou d’une volonté de nuire au scientisme ; en effet, dans ce cas, la science ne peut être remise en question puisqu’elle porte en elle LA vérité, une vérité indiscutable... et fasciste ? Le scientisme a atteint son apogée au XIXe siècle, avec les pensées de Renan mais aussi d’Auguste Comte. Cependant, il reste encore vivace au XXIe siècle même si la science affiche de plus en plus ses limites quant à la possibilité de résoudre seule les problèmes du monde et notamment les problèmes environnementaux. Le progrès s’inscrit uniquement dans une logique de développement économique et d’enrichissement. De ce fait, l’idéologie édicte des dogmes et des valeurs (tels que « l’argent » et « l’idéologie de la gagne ») qui conduisent les hommes à s’entre-déchirer. C’est pourquoi les problèmes sociaux qui sévissent dans nos sociétés, de plus en plus inégalitaires, « résultent de rapports de domination et d’exploitation », engendrés par « le développement de la société de croissance »2. Serge Latouche, Paul Ariès et bien d’autres en ont déduit la nécessité d’une révolution culturelle. Un bouleversement qui conduirait les hommes à renouer avec des valeurs fédératrices, une manière de faire table rase de l’opulence et la sur-consommation afin de nous éviter une catastrophe qui pourrait s’avérer irréversible. 1. Paul Ariès, La décroissance, un nouveau projet politique, éditions Golias, 2008 2. Paul Ariès, Bernard Caron, Bruno Clémentin, Bernar Guibert, Serge Latouche, Jean-Luc Posquinet, Baptiste Mylondo, Pour une politique de la décroissance, éditions Golias, 2007.
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