EUROPE | Faire progresser l'humanité

07/01/10 | David Thomas Pablo Gelgon

Une foi aveugle dans la science et les technologies pour répondre aux maux de la société : Les théories décroissantes balayent cette illusion scientiste en proposant de replacer l’être humain au cœur de la réflexion et de l’évolution sociale.

Faire progresser l'humanité

« Ma religion, c’est toujours le progrès de la raison, c’est-à-dire de la science. » Au XIXe siècle, Ernest Renan l’affirme déjà : la foi en la science permet de régler tous les problèmes de l’humanité. Ce point de vue prétend que la science porte en elle toutes les solutions aux souffrances de l’Homme, que pour chaque mal il existe une solution universelle et scientifique, et que, par conséquent, notre devoir est de faire progresser la science afin de sauver les peuples. En d’autres termes, le progrès technique serait la clé de voûte de l’humanité, le ciment de notre bonheur.

Ce postulat induit que la science serait le seul remède à nos maux et que les autres croyances, qu’elles soient politiques, philosophiques ou religieuses, seraient obsolètes. Plus de sciences sociales, plus de religion et plus de politique ? Les scientistes les plus radicaux prônent même le remplacement des politiciens par des savants, remettant en cause la démocratie. Dans cette perspective, le politique disparaît devant la gestion scientifique des problèmes et toute querelle idéologique ne relève alors que de l’ignorance ou d’une volonté de nuire au scientisme ; en effet, dans ce cas, la science ne peut être remise en question puisqu’elle porte en elle LA vérité, une vérité indiscutable... et fasciste ?

Le scientisme a atteint son apogée au XIXe siècle, avec les pensées de Renan mais aussi d’Auguste Comte. Cependant, il reste encore vivace au XXIe siècle même si la science affiche de plus en plus ses limites quant à la possibilité de résoudre seule les problèmes du monde et notamment les problèmes environnementaux.

Technophobie décroissante

La décroissance stigmatise le scientisme et sa propension à bercer les consuméristes dans l’illusion d’une croissance perpétuelle. Cette dernière occulterait une équation simple et alarmante : « Une croissance infinie n’est pas possible dans un monde fini ». Dans cette mesure, il est plus difficile de penser que les progrès techniques et scientifiques puissent pallier sur le long terme à tous les problèmes encourus par l’humanité.
Néanmoins, la perspective d’une catastrophe écologique engendrée par l’expansion de notre insatiable machine productiviste n’est pas le seul motif de contestation contre le scientisme. Quelles sont les préoccupations de ceux qui impulsent les avancées techniques et scientifiques ? Le progrès, la science et ses bornes sans cesse bousculées, nous permettent aujourd’hui de produire comme jamais nous n’avions été capables de le faire par le passé.
Le Brésil est une des plus grandes puissances agricoles d’exportation, à qui nous avons imposé notre modèle de développement afin que sa population puisse goûter aux délices du mode de vie occidental. Ces constats sont enthousiasmants seulement du point de vue économique. Les disparités sociales et économiques au sein de la population brésilienne sont parmi les plus élevées au monde. Et la faim écorche encore les estomacs de plusieurs centaines de millions d’individus. Les avancées successives réalisées dans le domaine des sciences n’ont pu répondre aux maux de nos sociétés modernes : le chômage, les inégalités croissantes et par là les violences sont de plus en plus manifestes. Un doux euphémisme aux yeux des objecteurs de croissance qui auraient tendance à les définir comme « la conséquence du culte dévolu à cette marche vers la perfection »1.

Le progrès s’inscrit uniquement dans une logique de développement économique et d’enrichissement. De ce fait, l’idéologie édicte des dogmes et des valeurs (tels que « l’argent » et « l’idéologie de la gagne ») qui conduisent les hommes à s’entre-déchirer. C’est pourquoi les problèmes sociaux qui sévissent dans nos sociétés, de plus en plus inégalitaires, « résultent de rapports de domination et d’exploitation », engendrés par « le développement de la société de croissance »2. Serge Latouche, Paul Ariès et bien d’autres en ont déduit la nécessité d’une révolution culturelle. Un bouleversement qui conduirait les hommes à renouer avec des valeurs fédératrices, une manière de faire table rase de l’opulence et la sur-consommation afin de nous éviter une catastrophe qui pourrait s’avérer irréversible.

1. Paul Ariès, La décroissance, un nouveau projet politique, éditions Golias, 2008

2. Paul Ariès, Bernard Caron, Bruno Clémentin, Bernar Guibert, Serge Latouche, Jean-Luc Posquinet, Baptiste Mylondo, Pour une politique de la décroissance, éditions Golias, 2007.

Rédacteurs :
David Thomas, Nantes France
Pablo Gelgon, Nantes France