EUROPE | Les bases d'une révolution

06/01/10 | Charlotte Loisy

Habillés en peau de bête dans une yourte, Pros du compostage, Scieurs de bois dans une cabane : Autant de caricatures qui font état des amalgames dont les objecteurs de croissance sont l’objet. Retour sur l’historique du mouvement, ses aspirations et ses dissensions.

Les bases d'une révolution

La décroissance est avant tout une remise en cause du système capitaliste qui brandit la croissance comme une garantie de paix et de prospérité. Leurs ennemis : le productivisme qui réduit l’Homme à une simple machine et le scientisme qui nous assure une alternative technologique et empêche tout questionnement. Leur projet se base sur une société renouant avec deux valeurs fondamentales : l’humanisme et la démocratie. C’est en ce sens qu’ils se différencient des écologistes. Le respect des ressources naturelles est indispensable mais ne doit pas se faire au détriment du respect de l’être humain ni de la démocratie.

De la théorie à la pratique

En 1972, le Club de Rome, un groupe de réflexion, reprend les idées de Thomas Maltus selon lesquelles les ressources de notre planète seraient limitées. Ils publient un rapport, Halte à la croissance et prônent une croissance zéro. Mais le véritable père de la décroissance n’est autre que Nicholas Georgescu-Roegen, un économiste roumain. En 1979, il est le premier à affirmer que la décroissance est inévitable selon les lois de la nature, plus précisément les lois de la thermodynamique. Ses théories contribueront d’ailleurs à l’élaboration de la bioéconomie. Un groupe se forme peu à peu en France. L’économiste Serge Latouche sent qu’il faut « décoloniser notre imaginaire ». C’est pourquoi Paul Ariès parle d’un « mot-obus ». Il s’agit de revoir notre façon d’appréhender le monde et l’avenir du genre humain. En 1999, Vincent Cheynet, ancien publicitaire, crée l’association et la revue des Casseurs de Pub dans le but de « promouvoir la création graphique et artistique sur la critique de la société de consommation ». En 2003, il sort le mensuel La Décroissance avec les participations de Paul Ariès, Serge Latouche, Pierre Rahbi, Nicolas Ridoux ou encore Bruno Clémentin. Souvent avec humour, ils y exposent leur projet, s’attaquent à leurs cibles de prédilection et se défendent de tout radicalisme. Les objecteurs de croissance, comme ils se définissent, sont en effet très souvent considérés comme des réactionnaires. On leur reproche de vouloir revenir à l’âge de pierre et de tourner le dos au progrès. Pas assez pragmatiques, n’ayant aucune proposition concrète, on les accuse de vouloir priver les pays émergents ou en voie de développement d’accéder au niveau de confort qui est le nôtre. Les critiques fusent, y compris au sein du mouvement : les « ultras » qui en deviennent caricaturaux, ceux qui préfèrent se détourner du monde et vivre en micro-communauté autonome, ou encore ceux qui ne voient aucune issue démocratique.

Un pied en politique

En 2006, le mouvement se lance pourtant dans la politique avec le Parti pour la décroissance (PPLD), qui disparaît deux ans plus tard. Bien qu’ayant échoué à se présenter aux élections présidentielles de 2007 face à José Bové, le député de la 11e circonscription de Paris, Yves Cochet, reste un fier représentant du mouvement au sein du pouvoir politique. En 2009, le Mouvement des objecteurs de croissance (MOC) s’allie au PPLD et à un réseau altermondialiste, le Reseda, pour former l’Association des objecteurs de croissance (ADOC), et se présenter aux élections européennes. Les électeurs devaient imprimer leur bulletin de vote sur Internet, c’est donc sans surprise que le parti récolte entre 0,02 et 0,04 % des voix.
En clair, les objecteurs de croissance pensent que la thèse croissanciste mène à la régression et non au progrès, que le développement durable ne suffit pas, et qu’il nous faut refonder tout un système. Pour l’instant, la meilleure solution reste la simplicité volontaire, une mise en pratique à petite échelle. Car pour ne pas sombrer dans un totalitarisme écologique, la révolution doit « venir d’en bas ». Alors à vos composts !

Rédacteur :
Charlotte Loisy, Nantes France