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LES DOSSIERS D'EUROPA ![]()
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Pour ne rien vous cacher, je le sentais venir : dernière conférence de rédaction, regards complices, petit sourire en coin... «Tu te fais l’édito?» Je n’ai pas vraiment eu le choix. Non que je ne sache quoi en faire – ce n’est pas le premier que j’écris – mais celui-ci a une résonance particulière : c’est le dernier que j’écris. Cet édito, il aurait pu commencer comme ça: «Toutes les bonnes choses ont une fin, et pour moi l’aventure Europa s’arrête ici. Ce fut un réel plaisir, et j’ai adoré travailler avec vous: nos discussions passionnées, nos bouclages tardifs, les rencontres avec vous, lecteurs, et tous ces aléas qui ponctuent un projet associatif comme celui-ci. Cette aventure aura été celle de 5 ans d’une vie bien remplie, et c’est avec satisfaction qu’aujourd’hui je quitte le navire.» Mais, autant se l’avouer tout de suite : vous vous seriez ennuyés à le lire, et moi à l’écrire. Alors voilà, j’ai préféré vous raconter une histoire : celle du blobfish géant et du canard. «Il y a 5 ans, quand vint le jour de casser sa coquille, le canard se mouilla : sa mère accoucha dans une mare. Parmi la faune qui l’entourait, des loups, quelques renards, un blobfish géant et un lémurien. Ce dernier, avec ses grandes oreilles et son air idiot, fut le premier à réagir : il se nourrissait de sédiments et d’alluvions, donc le canard allait être le premier à picorer dans ce qu’il croyait être son assiette. Mais le canard avait faim et croqua le lémurien. À son adolescence, le canard jouait déjà avec les renards, à défaut de danser avec les loups. Mais tout ce beau monde était en sursis : le blobfish géant se faisait menaçant. Il disait être en diète et mangeait dans la pitance de ses pairs, se disait généreux et abandonnait ses enfants sous prétexte qu’ils picoraient son grain, se disait philanthrope et volait sa mère: sa gourmandise n’avait d’égal que son avarice. Un jour pourtant, quelque chose fit chanceler ce joyeux équilibre. Au lieu de cancaner comme il le faisait souvent, le canard fit quelque chose d’inhabituel : de l’ironie. Malheureux ! s’écria le blobfish géant, qui l’insulta: mécréant! hérétique! païen! Le canard alla voir le blobfish géant et lui expliqua à quel point l’ironie était vertueuse. Ce dernier, abasourdi par tant d’audace, ne sut trop quoi répondre, et entreprit de finir son auge. Le canard se remit à caqueter, avec un peu plus d’ironie cette fois. Et la vie de la faune reprit son cours normal. » Aujourd’hui une page se tourne, à d’autres d’écrire les prochains chapitres. Vous cherchez la morale de cette histoire ? En voici une : « Sans l’ironie, le monde serait comme une forêt sans oiseaux ». [anatole france]
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