Gavin Stewart
Yalta, 11 février 1945. Les états-Unis, la Grande-Bretagne et l’URSS se retrouvent pour une conférence visant à décider du sort à l’Allemagne vaincue. Les trois grands, auxquels s’ajoute la France, ne souhaitent en aucun cas voir l’armée allemande se reformer, et les puissances militaires déjà présentes en Allemagne avec leur armée décident d’occuper le pays. Un point sur la carte pose cependant problème : Berlin. La ville, qui se situe en zone soviétique, revêt une importance stratégique pour les Américains. Le sort de la ville est scellé lors de la conférence de Potsdam, du 17 juillet au 2 août 1945. La ville est découpée en quatre zones. Les Soviétiques qui occupent près de la moitié de la ville aimeraient en occuper l’autre moitié que les trois pays de l’Ouest ne semblent pas près d’abandonner au totalitarisme.
Hémorragie humaine
Ainsi, l’URSS organise à partir du 24 juin 1948 un blocus visant à couper toute communication entre Berlin-Ouest et l’Allemagne occidentale. Un pont aérien est mis en place entre les deux zones et le 12 mai 1949, 277 728 vols plus tard, le blocus est levé. Les Alliés ont prouvé qu’ils pouvaient résister mais ont ainsi précipité la construction d’un mur qui n’aurait jamais existé s’ils avaient abandonné Berlin aux Soviétiques. La République fédérale d’Allemagne (RFA), créée le 23 mai 1949, précède la fondation de la République démocratique d’Allemagne (RDA) le 7 octobre 1949. Berlin cristallise le refus des Occidentaux d’accepter la partition définitive de l’Allemagne, mais ils ne sont pas seuls responsables. Les Allemands de l’Est, par leur attitude, en ont hâté la construction. En effet, le Land de Berlin-Ouest créé en 1950 constitue une enclave occidentale au milieu de la RDA, et des milliers d’Allemands de l’Est s’y réfugient chaque jour. Il semble nécessaire pour le gouvernement de l’Est de mettre fin à cette « hémorragie humaine privant le pays de main-d’œuvre et montrant à la face du monde la faible adhésion à la soviétisation de l’Allemagne de l’Est ». Déjà, en 1953, les manifestations ouvrières visant à dénoncer le régime socialiste sont réprimées dans le sang à Berlin-Est, et témoignent du peu d’enthousiasme de la population est-allemande à passer sous le joug soviétique. L’émigration continue, et en août 1961, ce sont plus de 3,6 millions de personnes qui ont déjà fui vers la RFA.
L’URSS ne peut accepter les provocations occidentales et la désapprobation des populations au régime. Les 12 et 13 juin 1961, les Berlinois assistent incrédules à la pose de grillages et de barbelés autour de Berlin-Ouest. Un mois plus tard, alors que les chefs d’État sont en congé estival, la RDA annonce avoir l’agrément du pacte de Varsovie pour débuter la construction d’un « mur de protection antifasciste ». Ainsi, de nuit, en un temps record, un mur hermétique, fruit d’une préparation minutieuse, isole les Berlinois de l’Ouest.
Prison de l’Est
Ce sont encore les chiffres qui évoquent le mieux la folie du mur. Ce dernier ceinture Berlin-Ouest sur 155 km. 302 tours de contrôle, 93 miradors et 20 bunkers sont édifiés. Les points de passage sont progressivement fermés. Des 81 checkpoints existants avant août 1961, seuls 7 subsistent au début du mois de septembre. Surveillé par 259 unités de chiens de garde, le mur fait 1,20 m de large et 3,6 m de haut au minimum. Son efficacité est renforcée à partir de 1965 par l’ajout d’un tuyau de béton en son sommet, empêchant la prise des mains ou de grappins. Les Allemands de l’Est sont prisonniers… Bien que les Berlinois de l’Ouest soient enfermés.
Pourtant, malgré la barrière physique que représente le mur et les risques encourus pour le franchir, l’appel de la liberté reste constant au cours de ses 28 ans d’existence. Entre 1961 et 1989, 5 079 Allemands de l’Est parviennent à « s’évader », pour la plupart en escaladant le mur. Tous ne réussissent cependant pas à franchir le mur. 588 personnes sont mortes en tentant leur chance. à partir de 1989, le gouvernement de la RDA ne parvient plus à enrayer l’émigration. Les Allemands de l’Est, avides de liberté, ont trouvé une parade à l’infranchissable mur de Berlin. Ils passent en Tchécoslovaquie, qui a ouvert ses frontières avec l’Autriche, et rejoignent ainsi l’Ouest. Le 9 novembre 1989, Günter Schabowski, membre du bureau politique annonce la décision de la RDA lors d’une conférence de presse : «Les voyages privés à destination de l’étranger peuvent désormais être demandés sans aucune condition particulière.»
Quelques heures plus tard, les douaniers de l’Est sont submergés par la marée humaine qui déferle vers le mur et ne peuvent que laisser passer le peuple. Le mur est vaincu.
Réunification
La réunification entre RDA et RFA se met rapidement en place, tout d’abord par une union monétaire en juillet 1990, puis politique un mois plus tard. Le mur, symbole de l’oppression soviétique, est démantelé à raison de 100 mètres par nuit. Sa démolition s’achève en 1991, tout comme la dissolution de l’Union soviétique. Pour beaucoup, la chute du mur a entraîné celle de l’URSS. Même si certains s’accordent à dire que les événements de Gdansk en 1980 ou l’arrivée de Gorbatchev au pouvoir ne sont pas étrangers à l’ouverture vers l’Ouest, la chute du mur reste aujourd’hui un fait marquant de cette fin de XXe siècle.
Néanmoins, Berlin redevenue capitale reste mutilée physiquement et moralement, et nous rappelle, aujourd’hui plus que jamais, que les murs entre les hommes sont faits pour être abattus.
Rédacteur :
Clément Airault, Nantes France