ESPAGNE | SI DIO QUIERE

23/10/09 | Samuel Picas

«Il existe une ville réunissant tout le mystère de l’Afrique et l’histoire de l’Espagne : une petite grande ville qui s’est fait un nom et qui ouvre ses portes à la découverte et au divertissement. La ville de Melilla est la fenêtre à travers laquelle deux continents se regardent.» [extrait du site de l’office du tourisme de Melilla]

A quelques centaines de mètres du centre La Purisima, les plus démunis utilisent la colle et le dissolvant pour couper la faim et oublier l'impasse dans laquelle ils se trouvent

Ils se regardent.
En effet, le triple grillage de six mètres de haut surveillé par des dizaines de militaires en armes invite plus à la contemplation qu’au dialogue. Et malgré tous les efforts de l’office du tourisme, la ville enclavée sur la côte nord-est du Rif marocain est plus connue pour son régime fiscal avantageux et ses conflits frontaliers que pour son exotisme (bien que l’on puisse encore y admirer à l’entrée du port une des rares statues de Franco…). Porte d’entrée de l’Espagne sur le continent africain, Melilla soutient (avec Ceuta sa petite sœur située plus à l’ouest) tant bien que mal les murs de la forteresse Europe.
Algériens, Subsahariens, Indiens, Bengalis, et bien sûr Marocains viennent s’échouer ici sur les 12 km² de ce bout d’Europe. Parmi eux des enfants. Venant essentiellement du Maroc, ils ont tous leur raison pour passer illégalement la frontière. Délaissés par leur famille ou attirés par les lumières du Vieux continent, ils ont parfois seulement six ou huit ans quand ils arrivent à Melilla.
La Purisima, le centre qui les accueille, n’est qu’un condensateur de souffrances. Les scandales de mauvais traitements qui ont entaché son histoire en disent long sur la volonté des pouvoirs publics d’intégrer ces jeunes. Plus qu’une aide, c’est un calvaire que ceux-ci endureront jusqu’à leur majorité, date à laquelle ils seront mis à la porte sans avoir pu régulariser leur situation, malgré des années de résidence sur le sol espagnol. Pris au piège entre mer et barbelés, livrés à eux mêmes dans les chabolas (bidonvilles), leur seul espoir est de réussir à monter clandestinement sur le ferry de marchandises qui assure trois fois par semaine la liaison avec la péninsule ibérique et la « vraie » Europe. Une courte échappatoire qui ne tardera pas à être sanctionnée par la rue, les contrôles d’identité et l’expulsion.
Ce qui frappe en écoutant les histoires de Imad, Omar, Abdessamad et bien d’autres, c’est de penser à la responsabilité des institutions espagnoles et par extension à la responsabilité des institutions européennes qui ont eu la charge de ces enfants pendant tant d’années et qui ont fait le choix de les briser plutôt que de les guider vers la citoyenneté. Ce grand gachis n’offre finalement qu’une seule lecture possible, celle de la volonté de l’Europe d’envoyer un message clair aux autres candidats à l’immigration : rentrez chez vous, ici on ne donne pas de papiers.

Rédacteur :
Samuel Picas, Madrid Espagne

Depuis qu'en 2005 l'armée marocaine a décidé de stopper les assauts à la frontière par des tirs à balles réelles; la frontière grillagée n'est plus pour les migrants le point de passage priviliégé pour entrer à Melilla
Depuis qu'en 2005 l'armée marocaine a décidé de stopper les assauts à la frontière par des tirs à balles réelles; la frontière grillagée n'est plus pour les migrants le point de passage priviliégé pour entrer à Melilla
Un camp de chabolas s'organise généralement en petites communautés. Les maghrébins, les subsahariens ou les indiens se regroupent par pays ou par identité culturelle.
Un camp de chabolas s'organise généralement en petites communautés. Les maghrébins, les subsahariens ou les indiens se regroupent par pays ou par identité culturelle.
Dans les bidonvilles, malgré une cohabitation généralement réussie entre les différentes communautés, la situation reste tendue et un malentendu peut vite dégénérer en une bagarre violente. Ici, Omar voulait juste emprunter une carrafe d'eau.
Dans les bidonvilles, malgré une cohabitation généralement réussie entre les différentes communautés, la situation reste tendue et un malentendu peut vite dégénérer en une bagarre violente. Ici, Omar voulait juste emprunter une carrafe d'eau.
Les Harragas (brûleurs de frontières) épient dans le port le moment propice pour s'élancer de l'autre côté de la barrière et tenter de se cacher dans un camion.
Les Harragas (brûleurs de frontières) épient dans le port le moment propice pour s'élancer de l'autre côté de la barrière et tenter de se cacher dans un camion.
Il est très difficile d'embarquer clandestinement dans un ferry et la plupart devront faire des dizaines, voire des centaines de tentatives pour y arriver.
Il est très difficile d'embarquer clandestinement dans un ferry et la plupart devront faire des dizaines, voire des centaines de tentatives pour y arriver.
En contrebas du mur d'enceinte du port de Melilla, la silhouette d'un mineur du centre de la purisima s'éloigne au petit matin après une nuit passée à tenter de déjouer la vigilance des gendarmes qui filtrent l'accès au ferry.
En contrebas du mur d'enceinte du port de Melilla, la silhouette d'un mineur du centre de la purisima s'éloigne au petit matin après une nuit passée à tenter de déjouer la vigilance des gendarmes qui filtrent l'accès au ferry.
El chaval
El chaval
Hamaka
Hamaka
Mohammed
Mohammed
Omar
Omar