EUROPE | Européennes, divorce et corruption

03/06/09 | Davide Bressanin Luca Moniti

Alors que les candidats italiens battent la campagne, plusieurs affaires viennent mettre en difficulté le Président du Conseil italien Silvio Berlusconi. Entre son divorce et la fréquentation d’une mineure, vient se glisser une affaire beaucoup plus sérieuse de corruption à grande échelle, née de la condamnation de l’avocat britannique Mills par le tribunal de Milan, qui pourrait vient faire vaciller le trône du Cavaliere, alors que se victoire aux européennes est d’ores et déjà assurée.

Photo sous licence Creative Commons License Attribution 2.5 / Par Agência Brasil

Alors que l’échéance des européennes approche, plusieurs affaires internes à l’Italie viennent bousculer la jusqu’ici tranquille campagne. Désormais, dans la presse italienne, l’affaire dite du "Noemigate" a remplacé les slogans de campagne. Cette jeune fille aurait vu débarquer le Président du Conseil à son anniversaire (18 ans), qui lui aurait offert un beau collier, alors que pendant ce temps sa femme demandait le divorce. Si les italiens sont frillants de ce genre d’affaires, quelques éléments pourraient venir bousculer le trône du Cavaliere. Le premier, s’il est avéré que le Président du Conseil a eu une relation avec cette jeune fille avant son anniversaire, ce qui semblerait être le cas, alors qu’elle était mineure. Pour le moment, seules les hypothèses s’affrontent sur cette question. Deux autres éléments, plus épineux que le goût désormais notoire du Cavaliere pour les jeunes et jolies jeunes filles, font écho chez nos voisins transalpins : l’utilisation d’avions militaires à des fins personnelles par le Président du Conseil pour acheminer ses invités dans sa ville en Sardaigne, et l’affaire du jugement de l'avocat britannique Mills. En février dernier, l’avocat anglais David Mills a été condamné par le tribunal de Milan à quatre ans et six mois de prison pour "faux témoignage" en la faveur du Cavaliere, qu’il aurait protégé dans une affaire de transfert de fonds vers des paradis fiscaux, dans laquelle le Président du Conseil est clairement désigné comme le "corrupteur". Concrètement, David Mills aurait délibérément menti au milieu des années 90 à la justice italienne pour protéger le Cavaliere, impliqué dans deux scandales concernant la propriété d’une société off shore et la corruption d’officiers de la brigade financière.
En récompense de son silence et de ses semi-vérités, l’avocat britannique aurait indirectement touché, en l’an 2000, 600 000 dollars de la part de Silvio Berlusconi. Dans les attendus du jugement publiés mardi 19 mai, les juges milanais affirment que David Mills (qui fut le mari d’une ministre de Tony Blair) aurait fourni un faux témoignage "pour offrir une impunité à Silvio Berlusconi et au groupe Fininvest". À l’abri de poursuites grâce à la loi qu’il a fait voter en 2008 (et qui est à l’examen devant la Cour constitutionnelle), le chef du gouvernement italien se retrouve malgré tout aujourd’hui sur le banc des accusés, dans une campagne européenne qu’il est pourtant sûr de gagner.
Mais Silvio Berlusconi a l’habitude du banc des accusés, et a toujours su s’en tirer, bon an mal an. Et comme à son habitude, il fustige les juges de son pays, traitant ainsi la présidente du tribunal de Milan de "militante d’extrême gauche", après que celle-ci a publiquement protesté contre les récentes lois qui ralentissent les procédures des tribunaux dans les affaires de corruptions. Alors que l’opposition l’exhorte à renoncer à son immunité, ce dernier proclame: "J’ai les épaules larges : plus ils m’attaquent, plus ils me renforcent", jouant à nouveau la carte de la persécution.
De son côté, L'Association nationale des magistrats (ANM) juge "inacceptables les invectives et les accusations de caractère personnel contre les juges du tribunal de Milan et en particulier sa présidente, de la part d'hommes politiques et de représentants du gouvernement", dans un communiqué. "Il est grave que soit mis en cause (...) l'indépendance et l'impartialité des juges", estime l'ANM. "C'est de cette façon que l'on mine les principes fondamentaux de la Constitution qui garantissent l'équilibre des pouvoirs", ajoute-t-elle.
L. M.

Comme tous les citoyens européens, les italiens seront, dans quelques jours, appelés à voter pour renouveler le Parlement européen. Les rues de Rome, Gênes, Milan, Florence, etc. se remplissent d‘affiches de campagne, alors que les journaux et télés laissent place aux candidats qui battent la campagne. Les différentes tendances politiques aiguisent leurs armes, et avec le rapprochement de l’échéance électorale, le climat se réchauffe sérieusement. Alors qu’il s’agit de renouveler le Parlement européen, les thèmes de campagne devraient être européens, mais ce n’est bien évidemment pas le cas. L’opinion publique, et a fortiori les forces politiques, n’ont cure du Parlement européen. Mais malgré ce désintérêt général, le vote du juin sera tout de même un test pour les candidats italiens.
Après les résultats de l’élection de l’année dernière, qui a vu une victoire nette de la droite berlusconienne, l’opinion publique italienne continue de multiplier les consensus contre une opposition de gauche en faillite, toujours en crise d’identité. C’est une tendance chez le gouvernement actuel de démentir une loi officieuse et non écrite de la politique internationale qui dit que le gouvernement en place perd le consensus dans les tornades électorales successives à un vote national. La Parti des libertés et la Ligue du Nord au contraire affirment de plus en plus leur popularité, alors que certaines voix peinent à se faire entendre sur les possibles tentations totalitaires en cas de victoire écrasante de la coalition de droite. Cette carte est surtout utilisée par le dernier secrétaire du Parti démocrate, Dario Franceschini. Avec une franchise désarmante, ce dernier lance un appel à son propre électorat en admettant toutes les limites et les erreurs passées de sa coalition avec un discours qui sonne plus ou moins comme ça : « Nous ne sommes pas la meilleure solution mais votez pour nous si vous voulez arrêter Berlusconi ». La victoire de la droite ne fait pas de doute, mais les chiffres auront tout de même une conséquence directe sur le futur immédiat du pays.
Voilà entre autres pourquoi finalement ce vote sera révélateur d’un climat interne à l’Italie. Les électeurs iront voter avec la tête tournée sur la bataille politique nationale, certainement pas en pensant à l’Europe. D’ailleurs le Parlement européen est vu par un certain nombre de citoyens italiens comme un objet mystérieux et loin de la vie quotidienne, qui s’occupe de sujets peu importants, souvent fantasmé comme une maison de retraite dorée pour vieux politiques en fin de carrière. D’ailleurs cet état d’esprit n’est pas loin de refléter la réalité politique italienne, puisqu'une grande majorité de politiques, après un mandat européen, s’empresse de revenir en Italie pour y assumer des fonctions nationales, qui assurent plus de visibilité donc plus de chance de carrière.

D. B.

Rédacteurs :
Davide Bressanin, Genova Italie
Luca Moniti, Savona Italie