EUROPE | L'Union Européenne souffre-t-elle d'un déficit démocratique ?

12/05/09 | Claire Charrier

Seul un organisme est élu directement au suffrage universel au niveau européen: le Parlement, et seulement depuis 1979! Et plus encore, les élections européennes sont particulièrement touchées par l'abstention.

European Parliament, by Rama. Cette image est sous licence Creative Commons

Est-ce à cause du manque de visibilité du Parlement Européen, de la faible et tardive médiatisation de la campagne, de l'image bureaucratique des activités de ce dernier, ou encore de la forte tendance des partis nationaux à accuser l'Europe de tous les maux?
Les explications sont nombreuses, mais, est-il juste d'exiger de l'Union Européenne, encore jeune, ce que les gouvernements eux-mêmes ne peuvent pas obtenir? Le phénomène de l'abstention est inhérent à toutes les démocraties représentatives, que l'on parle d'élections européennes, nationales ou locales.

Peut-être serait-il intéressant de voir le problème différemment : le déficit démocratique ne serait-il pas simplement lié au principe même de la représentation?
Le principe de la représentation est la caractéristique principale des régimes démocratiques contemporains. Ce modèle entend assurer l'égalité des citoyens par le vote. Mais, comme le dit Bernard Manin dans son ouvrage Principes du gouvernement représentatif (1), L'élu n'est « ni le double, ni le porte parole de l'électeur, mais gouverne en anticipant le jour où le public rendra son jugement ».
L'élection, même si elle a un côté pratique à mettre en place dans un grand territoire, n'est qu'une technique de dévolution de pouvoir. Et cette technique permet, grâce au consentement donné lors du vote, de légitimer l'autorité de l'élu. De plus, son caractère répétitif assure aux électeurs la capacité de sanctionner l'élu s'il a déçu. Cependant, cette technique entraîne également la professionnalisation des gouvernants et une distance entre gouvernants et gouvernés qui sera toujours présente, car elle est voulue.
Sans vouloir changer le système, il serait intéressant de se demander en quoi il est démocratique. Les élections font, bien sûr, parties de nos démocraties. Mais pourquoi ne pas dire également que les débats publics ou une simple discussion sont démocratiques? Ils nous permettent tout de même de faire de la politique à notre niveau (si tant est que l'on puisse parler de niveau), et de forger nos opinions.
Pourquoi ne pas prendre en compte la culture, la diffusion des savoirs ou la connaissance de nos voisins comme des manifestations de la démocratie? Ou enfin, les associations ou les groupes de pressions, si mal vus en France, ne sont-ils pas des institutions démocratiques?
Le phénomène abstentionniste est un sujet à débattre car il permet de se questionner sur les manières de gouverner, et sur la démocratie, mais aussi sur les moyens que l'on peut se donner pour faire avancer la construction européenne

Note
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Principes du gouvernement représentatif, Calmann-Lévy, Paris, 1995

Rédacteur :
Claire Charrier, Nantes France