ITALIE | Roumains d’Italie : in or out ?

04/05/09 | Cristina Barbu

En Italie, les Roumains sont la proie constante des discriminations. Et les médias ne font qu'attiser la haine en relatant des faits divers avec un vocabulaire racial exacerbé. Cette face émergée cache la face immergée de l'iceberg : des populations entières qui travaillent dans le silence, immobilisées par la peur de la discrimination.

La Roumanie est entrée dans l'UE le 1er janvier 2007. Depuis, le pays ressent les difficultés liées à cette liberté nouvelle. La plaie du communisme nous a laissé des cicatrices que nous tentons de cacher, que nous soyons hommes politiques ou simples citoyens, d’autant que la doctrine reste présente dans la vie de tous les jours. Après la révolution de 1989, la Roumanie a connu plusieurs changements, similaires à ceux que vit un adolescent qui quitte le foyer familial : corruption, criminalité, mais également liberté d’expression, la possibilité de voyager à travers le monde sans restrictions, plus de chances pour les jeunes de développer un professionnalisme. Cela dit, les petits pas que ce pays fait pour son développement au sein de l'UE ont engendré des conséquences néfastes sur ceux qui, parmi sa population, tentent de faire leur vie en dehors de ses frontières. L’Italie, l’un des pays qui, fût un temps, nous accueillait à bras ouverts, accuse maintenant les Roumains en leur reprochant le taux élevé de crimes dans la péninsule, plus particulièrement à Rome.

Action ou Vérité?
Il est dit que la vérité se situe toujours dans l’entre-deux, et nous ne devrions pas tendre à l’extrême dans le jugement de certains faits, quelle que soit la manière dont ils sont présentés par les autres. Des titres comme : «Deux Roumains tuent une femme à Rome», ou «Des Roumains accusés du viol d’une jeune fille» sont très fréquents dans certains journaux Italiens. Dans un contexte où des actes xénophobes graves ont étés commis à l’encontre de citoyens roumains dans la péninsule (à Rome, des magasins appartenant à des Roumains ont été saccagés, ou des femmes ont été battues car elles parlaient roumain), la presse roumaine prête une grande attention au sujet. Donc où se situe la vérité derrière tout ça? Peut-on se fier à certains journaux quand ils présentent la situation des Roumains ou n’est-ce qu’une manière de présenter l’information pour attirer l’œil du lecteur? Doivent-ils être blâmés de divulguer tous ces actes de violence et de discrimination envers une minorité? La réponse peut être trouvée en confrontant toutes les violences dont on entend parler avec la réalité.

Ne jamais juger un livre à sa couverture
Si l’on en croit le Rapport sur l’immigration publié par les fondations Caritas et Migrantes en 2007, les roumains employés légalement produisaient plus de 11 milliards du PIB Italien. Cela ne prend pas en compte le nombre de travailleurs illégaux, qui représentent plus de 40% de la totalité des travailleurs. Ce chiffre a considérablement augmenté jusqu’à aujourd’hui où le nombre de Roumains est bien plus important. «Les Italiens des classes supérieures disent que les étudiants Roumains sont très appréciés pour leur haut niveau de connaissance, tandis que les Roumains travaillant dans des firmes internationales ont également une très bonne image»  note Carmen B. une étudiante de Rome. D’un autre côté, dans le domaine de la construction où la plupart des Roumains officient, les travailleurs vivent souvent dans des conditions pauvres et bien qu’ils constituent la force de travail principale, ils doivent gérer la mauvaise réputation de quelques autres. C’est également le cas de la plupart des femmes qui viennent du nord de la Roumanie et qui travaillent comme aide à la personne, s’occupant des personnes agées : «C’est très difficile pour moi de marcher dans la rue en ce moment et j’essaie d’être la plus silencieuse possible pour que les gens ne remarquent pas mon accent. C’est injuste d’être mal jugée de cette manière là. Pourquoi faut-il que je souffre pour ce qu’un homme stupide a fait?» explique Maria M. Dans les rues de Rome, en tant que Roumain, vous vous sentez observé en permanence, même si ce n’est pas le cas. Vous vous tournez et vous voyez les Unes des journaux qui parlent de crimes commis par d’autres Roumains.

La vérité
Rita Bernardini, membre de la Commission de la Chambre de Justice à Rome a admis dans une interview à l’Agerpres qu’il y a une manipulation constante des médias sur le sujet des Roumains en Italie : «Le principe suivant se doit d’être pris en compte : le régime politique en Italie, qui possède la plupart des médias d’information, a découvert il y a quelques années le fait qu’il pouvait gagner ou perdre les élections en adoptant le thème de la sécurité publique». En effet, le problème des Roumains semble être une manière de cacher l’incapacité de gérer la crise économique. Quelle meilleure manière de détourner l’attention du public des vrais problèmes que de créer l’impression de défendre la sécurité publique? Il y a de nombreux Roumains, à Rome et à travers toute l’Italie, qui travaillent dur et essayent de donner à leurs enfants un meilleur futur. De la même manière que des Nigérians ou des Albanais peuvent le faire. Bien sûr, il y a de mauvaises personnes parmi eux également, mais on ne peut pas juger une nation entière à cause de quelques cas rabachés par les médias. N’est-ce pas?

Rédacteur :
Cristina Barbu, Craiova Roumanie
Traducteur :
Erwann De Carhei, Nantes France