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EUROPE | Vous avez dit bazar? Comme c'est bazar...

08/04/09 | Sophie Girard

Pour le commun des mortels, le monde de l’informatique se présente souvent comme une entité obscure et inaccessible. Méconnu du grand public, on constate que dans ce domaine les stéréotypes vont bon train. Alors qui se cache derrière ces lignes de codes ?

Fondée sur le modèle du Bazar (1), la communauté virtuelle du Libre est composée d’utilisateurs-développeurs qui, depuis plus de 10 ans, s’attèlent à la construction d’un modèle coopératif, sans gourou ni théoricien, prenant appui sur le potentiel de diffusion et de communication offert par Internet. L’élaboration et la réussite d’un logiciel libre ne se limite pas à la création de programmes et de lignes de codes, bien que les programmeurs soient majoritaires. Ils ne formeraient pas la communauté s’il n’y avait pas tous les autres, indispensables au bon développement d’un logiciel : les bêta-testeurs, les rédacteurs de mode d’emploi, les traducteurs, etc. C’est pourquoi il est préférable d’utiliser le terme de «développeur» à celui de «programmeur» lorsque l’on parle des acteurs de la communauté du Libre en général. En fait, la plupart des logiciels libres fonctionnent avec peu de personnes, sans le préalable d’une décision formelle. Il y a toujours un coordinateur – souvent l’initiateur – et les échanges entre les membres du groupe sont importants. Le processus, à l’évidence d’essence libertaire, est une application pratique du principe consistant à concilier autorité et absence d’autoritarisme. Sans hiérarchie ni centralisation, le système ne peut fonctionner que dans le cadre d’une autorégulation du groupe. Rien d’étonnant donc à ce que la Toile soit devenue le support de l’esprit et de l’aboutissement du logiciel libre.

Un  modèle volontaire innovant
Outre la pratique libertaire dans son choix d’organisation structurelle, le mouvement du logiciel libre montre que, par le partage de l’information, on peut donner de la visibilité à ses compétences tout en bénéficiant de celles des autres et de leur expérience. Cette nouvelle dynamique sociale est porteuse dans son rapport alternatif au travail et à l’argent ainsi que dans l’éthique (2) particulière qui est véhiculée au sein de ce modèle coopératif volontaire. La force de la communauté se construit autour de son potentiel humain. Elle piétine le principe d’appropriation exclusive de l’information et du savoir. Une démarche fondamentalement humaniste.

En 2003, une étude menée au niveau mondial par la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement a montré qu’environ un tiers des développeurs du Libre a comme motivation première le Libre lui-même : que le code soit ouvert à tous (3). Un quart d’entre eux est d’abord intéressé par la stimulation intellectuelle que cela procure, un cinquième représente des professionnels que cette activité aide dans leur travail, alors que le dernier cinquième apprécie l’expérience qu’il peut acquérir à travers la programmation du Libre.
L’étude montre que plus de 70% d’entre eux sont âgés de 22 à 37 ans ; ce sont surtout des professionnels, puisque la moitié sont des programmeurs ou administrateurs-systèmes de métier, alors que seulement 20% se disent étudiants, éparpillés aux quatre coins de la planète.
Pour fédérer l’ensemble des projets et les associer à tous ces individus, des sites web (4) les regroupent et leur permettent de se rencontrer. Le Libre, symbole d’un modèle de Bazar, n’a en tout cas rien de chaotique. 

 

Notes
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1. La cathédrale et le Bazar, Eric Steven Raymond www.linux-france.org/article/these/cathedrale-bazar
2. L’Ethique Hacker, Pekka Himanen, Exils 2001

3. CNUCED, e-commerce and development Report 2003, 20 novembre 2003, www.unctad.org
4. www.freshmeat.net ou www.sourceforge.net

 

 

Rédacteur :
Sophie Girard, Nice France