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Il y a quatre ans, l’école maternelle des Bois à Paris s’est équipée d’ordinateurs récupérés auprès d’entreprises ou particuliers, afin d’initier ses élèves aux joies de l’informatique. Mais «s’est vite posée la question des systèmes d’exploitation pour lesquels nous ne disposons pas de licences», expliquait Thierry Xavier (1), l’instituteur. Une bonne occasion d’éduquer aux logiciels libres dès le plus jeune âge ? C’eut été sans compter sur Microsoft Fresh Start, l’un des programmes de Partners in Learning, qui a délivré gratuitement à l’école des Bois une cinquantaine de licences Windows 2000 et l’encyclopédie Encarta. Une aubaine financière pour cette école qui peut utiliser gratuitement des logiciels propriétaires (lesquels nécessiteront des mises à jour et évolutions payantes). Un joli coup pour l’entreprise de Bill Gates qui noyaute les machines et fidélise aussi les enseignants de l’école et toutes les générations de futurs consommateurs qui useront ses bancs. Mais la France est loin d’être le pays prioritaire et le programme Partners in Learning (PIL) s’implante particulièrement dans la plupart des pays où l’informatique libre se développe. De deux choses l’une, soit Microsoft agit par pure philanthropie dans les pays émergents, soit il entrevoit un marché potentiel et cherche à couper l’herbe sous le pied de l’alternative libre... «Nous implantons une technologie et des outils dans des environnements éducatifs concrets afin [...] d’améliorer la réussite scolaire dans le monde entier», explique Ralph Young (2), Vice-président chargé du Worldwide Public Sector chez Microsoft. En effet, avec bientôt 72 000 écoles dans une centaine de pays, Ralph Young cible un marché potentiel assez large ! Depuis son lancement en 2003, le programme PIL a équipé plus de 121 millions d’élèves et 5,5 millions d’enseignants, et il ne cesse de croître. En mars 2008, la société annonçait un financement supplémentaire de 235 millions de dollars pour cette initiative, et presque 500 millions sur les dix prochaines années. Burkina, face aux contrats En avril 2008, Ouagadougou accueillait le 2e Forum africain sur les meilleures pratiques dans le domaine des NTIC, lors duquel le PDG de Microsoft, Steve Ballmer en personne, est venu affirmer – en toute transparence – la bonne santé de son chiffre d’affaires sur le continent africain, «supérieur cette année à celui réalisé en Chine» (3). Accessoirement, ce petit séjour africain lui aura aussi permis de conclure des contrats juteux avec les gouvernements d’Angola, du Maroc, du Sénégal et du Burkina Faso pour équiper les écoles en ordinateurs et logiciels. À l’échelle internationale, la vindicte contre ces pratiques n’est pas très virulente non plus. L’Unesco a un positionnement ambigu sur ces questions. Les accords conclus en septembre 2007 avec Curriki, communauté internationale d’e-learning, qui prévoient la coopération avec les ministères de l’Éducation nationaux pour travailler «au développement de contenu éducatif à accès libre et former les professionnels à la technologie des logiciels libres» (4). Ces engagements sont en totale contradiction avec d’autres accords conclus en novembre 2004 avec Microsoft, prévoyant des équipements massifs de systèmes propriétaires dans les pays en voie de développement. Ce paradoxe fut notamment soulevé lors des Rencontres africaines du logiciel libre, qui ont vu le jour à Ouagadougou. La 3e et dernière édition à Rabat (Maroc) en 2007 avait pour thème «le logiciel libre dans l’éducation» (5). Leurs conclusions pourraient bien intéresser l’Unesco !
Notes 2. Communiqué diffusé par Microsoft le 15 janvier 2009. 4. L’Unesco soutient le développement et la libre diffusion de matériel éducatif. 09 octobre 2007, Unesco. www.portal.unesco.org 5. Rencontres africaines du logiciel libre.www.rall.logiciels-libres.org
Réduire la fracture et s’émanciper
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