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EUROPE | Trust hard de Microsoft

08/04/09 | Emmanuel Lemoine

Qu’ont en commun la Xbox, Hotmail ou Vista ? Hormis le fait que ces produits sont entrés dans le langage informatique courant, ils appartiennent tous à Microsoft. Nous avons cliqué dans les propriétés du système… et analysé l’art du trust, pas si soft.

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La petite société de Bill Gates et Paul Allen s’est bien engraissée depuis ses débuts en 1975 dans la ville d’Albuquerque au Nouveau-Mexique. Dès les années 80, ces deux étudiants se spécialisent dans l’interprétation du langage informatique (1). Leur génie commercial est basé sur la propriété. Alors que la norme poussait les éditeurs de logiciels à les vendre avec leurs droits, Paul et Bill ont vendu leur premier logiciel (l’Altair BASIC, ancêtre du MS-DOS, ndlr) avec une simple licence d’exploitation au constructeur d’ordinateurs MITS. En restant ainsi propriétaires d’un logiciel «en location», ils peuvent exiger de toucher un pourcentage sur tous les exemplaires exploités. Et facturer les améliorations et compléments. Le développement du logiciel propriétaire va à l’encontre de la philosophie du Libre et de l’Open source, née à la même époque. Mais il est pourtant devenu la norme ultradominante, bien que payante et intrusive (2).

Position hégémonique
Il est aujourd’hui presque impossible d’acheter des ordinateurs qui ne sont pas déjà équipés de Windows. Cette pratique est illégale. Les vendeurs d’hardware doivent laisser aux clients le choix des licences et pilotes des logiciels. L’Association francophone des utilisateurs de logiciels libres (AFUL) publie une «liste des bons et mauvais vendeurs d’ordinateur personnel (3)», régulièrement mise à jour. Parmi les mauvais élèves, Dell, Cdiscount, Fnac, Carrefour et Darty «omettent» de préciser avec quels logiciels et licences est fourni leur matériel informatique, ni la part que cela représente dans le coût d’achat final. Par ailleurs, ces mêmes logiciels ont une incapacité «naturelle» à opérer avec d’autres produits. Microsoft possède un langage propriétaire qui ne permet pas à tous les systèmes de communiquer avec lui, ils ne sont pas interopérables. Ce qui limite parfois les usages que l’on peut en faire, mais assure à la marque une position hégémonique. Il existe différents degrés d’opérabilité. La compatibilité est le niveau zéro, elle permet à deux systèmes différents de dialoguer. Ensuite, le langage Microsoft est devenu un «standard de fait» lorsqu’il a commencé à devenir le système dominant. L’interopérabilité de ses logiciels, ou compatibilité universelle, lui ferait perdre cette position...
Actuellement, les logiciels Windows équipent près de 90% du parc informatique mondial. Niveau part de marché, on fait difficilement mieux ! Et pour continuer à faire du profit malgré tout, Bill Gates ne manque pas d’idées. Les logiciels nécessitent d’être régulièrement mis à jour ou remplacés par des versions plus récentes. Les versions d’essai livrées gratuitement avec Windows, qui deviennent obsolètes et menaçantes pour le système une fois passée la période d’essai, doivent finalement être achetées. Ces «racketiciels» se basent sur ce que l’on appelle une obsolescence programmée, ou comment continuer à vendre des produits à des utilisateurs de façon contrainte. Alors que la plupart des entreprises de logiciels testent leurs produits avant de les commercialiser, Microsoft a été la seule à vendre plusieurs fois la version bêta d’un logiciel (version imparfaite destinée à détecter les derniers bugs, ndlr).

Duperies records
Ce monopole féroce se résume dans une devise qu’un dirigeant d’Intel aurait prêté au Vice-président de Microsoft lors d’un meeting en 1995 : «Embrace, extend and extinguish» (4) («Adopte, conquiers et extermine») qui en dit long sur leur politique concurrentielle. En revanche, la devise officielle «Votre talent, notre passion» laisse transparaître beaucoup plus de collaboration et de participatif. Un premier pas vers l’interopérabilité ? L’entreprise y a été contrainte. En 2004, la Commission européenne condamne Microsoft à ouvrir les codes de ses logiciels et à vendre des versions de Windows sans le lecteur Media Player, le tout accompagné d’une amende record de près de 500 millions d’euros. Mais il en faut plus pour faire plier le géant du logiciel, qui n’a toujours pas changé ses pratiques. En février 2008, il écope d’une deuxième amende de 899 millions d’euros. Sur ces quatre mêmes années, Microsoft versait à ses actionnaires 56 milliards d’euros de dividendes. Ce qui montre le fossé entre les sommes réclamées par les instances européennes et les bénéfices générés par ces infractions. Ces sommes records ne représentent que 2% du chiffre d’affaires de la firme à la fenêtre multicolore. Or, lors du second jugement, la Cour pénale internationale aurait pu exiger jusqu’à 10% du chiffre d’affaires annuel, soit 4,5 milliards d’euros. Selon Steve Ballmer, PDG de Microsoft, la concurrence vient désormais davantage de Linux que d’Apple (5). La marche de l’Empereur du libre sur la banquise est encore longue.

Notes
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1. www.microsoft.com/fr
2. Hold up planétaire, Roberto Di Cosmo, Dominique Nora, 1998, édition Zéro Heure

www.dicosmo.org/HoldUp
3. Liste disponible sur : www.bons-vendeurs-ordinateurs.info
4. Archives de Businessweek.com, 15 juillet 1996, Inside Microsoft.
5. Article publié sur Clubic.com, le 26 Février 2009. Ballmer : Windows face au piratage et à Linux.

 

 

Rédacteur :
Emmanuel Lemoine, Nantes France