Mathieu Emanuel
Strasbourg France
Vers midi des détonations se font entendre. Je descends aussitôt à l’angle d’une des rues proches de mon domicile. Surprise : environ 2 kilomètres avant le point de départ, des dizaines de casseurs cagoulés et habillés de noir se sont mélangés aux premiers manifestants, certains revenant en arrière repoussés par les bombes lacrymogènes, les autres démontant les parpaings longeant la ligne de tram pour les mettre dans un caddie. Les CRS avaient apparemment mis en place les premiers barrages bien avant le point de départ annoncé. Lacrymogènes contre pierres, boucliers de protection contre masques à gaz (masques de plongée pour certains), on reconnaît vite les habitués dans ce genre de situation.
Un peu plus tard la route se dégage, les casseurs et autres Black bock (groupe extrémiste allemand) restent mélangés aux manifestants. On avance, en faisant attention à où l’on met les pieds, on évite un feu de camp improvisé au milieu de la route. Arrivé aux abords du Pont de l’Europe, j’aperçois un grand terrain vague où une scène est installée. On entend au micro les premiers cris de ralliements des syndicats ou diverses associations avant le départ officiel de la manifestation. Les manifestants pacifistes s’y rendent, les autres se dirigent directement vers le pont, pas de temps à perdre…
À peine arrivé je vois les vitres de la douane déjà détruites. Témoin d’un acharnement que l’on pense propre au cinéma. Pendant que la fumée s’échappe du bâtiment, un jeune homme sort victorieux brandissant un trophée. De l’autre coté du Rhin, 6000 manifestants (selon les informations), qui devaient rejoindre le cortège français, regardent impuissants cette destruction, assombrie par un nouveau feu improvisé à l’entrée du pont. Leur passage ne se fera jamais, bloqué par les camions anti-émeutes de la police allemande. Les hélicoptères survolent les lieux, plusieurs bateaux policiers sont en stationnement, le tout filmé et photographié par les journalistes repoussés de temps en temps par les casseurs.
Conclusion : une station service saccagée, un hôtel, une pharmacie et un bâtiment douanier brûlés. Plus de 9000 policiers pour protéger les responsables politiques de l’OTAN, 15 arrestations pour ce jour de manifestation. Bilan amer pour un évènement qui devait symboliser la paix.
Rédacteur :
Mathieu Emanuel, Strasbourg France
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