Olivier irving en tournage
Journal Europa: Tout d'abord, vous êtes producteur. On dit que vous réalisez/écrivez des films depuis votre plus tendre enfance. D'où vient votre passion pour le cinéma?
OI. Ma passion? C'est difficile à expliquer. Je crois que c'est le fait d'être amoureux du cinéma et des films en général. Une petite plaisanterie me vient à l'idée en même temps... J'ai vu Ghostbusters au cinéma... pas mal de fois, quatre en tout. Je regardais déjà des films à la télé avant ça, mais c'est la première dont je me rappelle avoir été complètement obsédé par le cinéma, comme hanté. Et puis mon père était acteur…
C'est une histoire de famille alors?
OI: Oui et non. Mes parents ont divorcé. Mon père vivait à Londres alors que ma mère habitait à Sheffield. Mon père travaillait dans le West End à Londres: le monde du théâtre, du cinéma... Et il disait souvent "allez, on va au cinéma" et il m'achetait des places pour voir les films. Il me laissait au cinéma pendant une ou deux heures parce qu'il savait que c'était ce qui me faisait plaisir et me rendait heureux.
Vous rappelez-vous de votre première caméra?
OI: Ma première caméra ? Alors, la première caméra que j'ai eue entre les mains était une Yuyutsa. Et j'en ai empruntée une autre quelques fois mais elle était énorme... Et puis, on a eu un peu plus tard une caméra cinématographique. Il y avait cet ami de mes parents qui avait laissé de coté un stock de pellicules, donc j'ai dit "je veux faire un film" et on a commencé à essayer de tourner un film futuriste. C'était une sorte de film d'horreur qu'on a appelé "cauchemar démoniaque", c'était absolument nul, vraiment mauvais ! (rires) Mais nous avions envie de rester dans ce monde cinématographique... Il n'y avait pas non plus de bande son dans le film, nous devions alors l'enregistrer séparément. Ce fut ma première expérience de post-production après écriture. On a acheté notre première caméra deux ou trois ans plus tard, j'avais 12 ou 13 ans, et j'avais économisé de l'argent. Mais à cette époque, tu sais, ça m'a coûté une fortune et c'était une mauvaise caméra qui fonctionnait bizarrement, mais je ne pouvais pas me permettre de dépenser plus. Aujourd'hui, ça te coûte dix fois moins cher et tu as une caméra qui est dix fois mieux.
Vous avez commencé par tourner des courts-métrages et il s'agit là de votre premier long-métrage, n'est-ce pas? Comment s’est amorcée la transition ? Pourquoi avoir eu envie de faire des longs ?
OI: C'est le premier long qui soit vraiment abouti. J'ai réalisé d'autres films avant. Les films duraient souvent une demi heure, voire 45 ou 50 minutes. Je sais que c'est un format un peu étrange, mais j'étais inspiré par le genre futuriste. Souvent je me sens comme un vrai gamin. Je me souviens que nous tournions chaque week-end, et on a arrêté de filmer parce qu'on se servait de la mobylette d'un ami de mes parents. Il l'a vendue en plein milieu du tournage et on n'a pas pu en récupérer une autre. On a mis des semaines à résoudre le problème puis on a laissé tomber et on a fini le film comme ça. Il durait 35 ou 40 minutes et en général, c'est un format apprécié. C'est la première fois que j'ai réussi à faire un film futuriste qui est sorti à l'écran.
Qu'est ce qui a changé dans votre quotidien? Est-ce que ça a changé quelque chose?
OI: Oui... Et avec un peu de chance cela fera beaucoup plus. On y arrive. Je veux dire, avant je devais travailler à coté pour gagner ma vie, et maintenant, mon inspiration peut s'épanouir librement et me conduire à faire de bons films. Enfin, à faire un bon film. Donc maintenant que j'ai fait un film, les gens pensent que j'en ai assez fait, mais moi au fond, je sais que je ne peux pas me contenter de ça. J'ai de la chance parce que maintenant, je peux gagner ma vie grâce à ça, avant c'était surtout par amour, pas pour la paie. J'ai dû travailler au noir pour payer mes factures et manger, alors oui, on peut dire que la vie a beaucoup changé.
Comment êtes-vous entré en contact avec Univerciné? Connaissiez vous le festival avant?
OI: Je crois qu'un membre du festival l'a vu ou en a entendu parlé sur un autre festival et a pris contact avec les producteurs. Je pense que c'est du bouche-à-oreille, nous sommes constamment en festival et nous voulons vraiment montrer ce que nous faisons, parce que les distributions percent pas mal. Ce festival est en train de monter.
Le personnage principal de ce film rêve de faire de la musique. Est-ce un film autobiographique?
OI: Je vous réponds tout de suite, ça ne l'est pas du tout! Ce n'est en aucun cas autobiographique dans mon cas mais je suis bien conscient que ça l'est concernant les gens que je connais, mes amis... Par exemple, le gars qui joue « Ronny » dans le film joue son propre rôle et c'est un personnage qui lui va plutôt bien. Le gars qui joue « Nicky » joue aussi son propre rôle, et on peut dire que dans une certaine mesure, Rob jouait aussi son rôle au travers de « Art ». Tu vois, Rob était vraiment dans une situation délicate. Il en était arrivé au point où il voulait à la fois tout laisser tomber et reprendre sa vie en main, il sentait bien que tout n'allait pas dans son sens mais il essayait quand même d'avoir des projets, de danser, de faire des choses. Donc oui, on peut dire que le film traite pas mal des gens qui m'entourent. Il ne parle pas vraiment de moi-même. S'il me concernait réellement ce serait l'histoire d'un mec qui passerait sa vie à faire des films futuristes, et ce n'est pas très intéressant (rires).
Vous faites la distribution et composez la musique. Comment faites-vous pour concilier les deux?
JH: On a composé la musique et les morceaux... On travaillait tous les uns avec les autres dans des secteurs spécifiques, parfois on avait des idées pour faire la musique, c'était un travail de collaboration. En fait, on voulait que ce soit une musique de fond.
Comment voyez-vous les relations qu'entretiennent l'image et la musique? Est-ce que vous pensez d'abord aux images pour ensuite vous focaliser sur la musique ou passez-vous parfois de la musique à l'image?
JH: Je crois que je pense d'abord à la musique pour ensuite me concentrer sur l'image. Mais je pense que les idées sont déjà présentes au début. On les extrait pour voir ce qu'elles valent et on les met en forme. Mais ce n'est pas de tout repos pour moi de travailler, j'ai l'idée en tête et je dois sans cesse l'écouter tandis que j'écris, que j'imagine et que je vois la musique. A mon avis, la musique doit être écrite dès le début. C'est sans aucun doute quelque chose de très important. Tout ce qui développe l'imagination et fait que tu ressens la musique de telle façon est une bonne chose. Mais maintenant, avec les nouvelles technologies sur ordinateur, au niveau de la musique, tu peux donner ton avis, dire à quoi ça te fait penser...
Quels sont vos projets maintenant? Faire d'autres films ou des festivals?
OI: Il y a pas mal d'autres festivals. Mais la distribution du film est la priorité du moment. Aux Etats-Unis et en Italie, je pense que l'on doit continuer à chercher d'autres lieux. Je ne suis pas vraiment certain que ça se fasse en France mais on va chercher à le faire.
Pensez-vous à un autre film?
OI: Oui, ce serait une sorte de science-fiction contemporaine à propos de la communication, de l'inspiration, des rapports qu'entretiennent les gens. Je pense que ce sera intéressant, mais c'est difficile à expliquer comme ça…
Rédacteurs :
Cyril Berard, Nantes France
Flora Rosillette, Nantes France