RUSSIE | Crise : les voitures russes à la traîne

22/03/09 | Yulia Shurgina

La Russie n'échappe pas à la chute des ventes et de la production dans l'automobile. Mais la désaffection des Russes pour les voitures nationales ne date pas de la crise économique mondiale. Depuis des années, ils se sont tournés vers les véhicules étrangers, beaucoup plus chers, mais jugés plus fiables et de meilleure qualité.

Les chaînes d'assemblage tournent au ralenti en Russie : certains analystes prévoient une chute de la production de 40 à 50% en 2009.

L'heure est grave dans l'industrie des bus russes, dont la production a été divisée par quatre en 2008. Pour les camions, la chute, bien moins impressionnante, a tout de même atteint 11% l'an dernier. A Naberezhnie, l'usine Kamaz avait arrêté sa production de poids lourds entre le 2 et le 11 février. 
Les chaînes d'assemblage tournent au ralenti. Selon la HSM Holding Company, les baisses oscillent de 3,5% pour Kamaz jusqu'à 51% chez Zil. Déjà en novembre, Kamaz annonçait une réduction de personnel touchant 6 701 salariés. Ils ne sont plus que 44 105 aujourd'hui.

Du côté des voitures, la production depuis le début 2009 a connu la chute la plus importante de ces dernières années. Au premier trimestre 2008, les entreprises russes ont sorti 331 000 véhicules. Un an plus tard, la fabrication n'a pas dépassé les 200 000 unités. "La chute pourrait avoisiner les 40 à 50%", comme l'explique Serge Tselikovn, directeur de l'agence d'analyse Avtostat.

Avtovaz, le premier constructeur automobile, situé dans la région de Samara, réduira à lui seul sa production de 100.000 véhicules. En janvier, la chaîne de production a été complètement arrêtée. Depuis le 2 février, l'ensemble du personnel ne travaille plus que quatre jours par semaines, en deux roulements de six heures. Les salaires seront réduits à deux tiers du revenu minimum. Les autorités espèrent ainsi éviter les licenciements.

Les concessionnaires sont eux aussi à la peine. En décembre, Apelsin, la plus grosse concession de Kazan - la capitale du Tatarstan -, a vu ses ventes s'effondrer de 30%. "En février, nous prévoyons une baisse des ventes de 40 à 50%. Cela est dû aux prêts bancaires qui sont de plus en plus difficiles à décrocher. Ce n'est pas un secret, la plupart des voitures en Russie sont achetées en leasing", ajoute Ruslan Abdulnasyrov, son directeur général. 

Mais la crise n'est pas la seule cause de l'effondrement du secteur automobile russe. L'industrie du pays est subventionnée par le gouvernement depuis le début des années 1930. Petit à petit, elle a perdu sa compétitivité. A la fin des années 1990, pour sauver cette industrie, l'Etat a fortement taxé les véhicules étrangers achetés en Russie. En janvier, ces frais de douane ont encore grimpé de 5% pour atteindre 30% du prix d'achat.

Beaucoup moins chères que les voitures étrangères, les automobiles russes ne parviennent pas à séduire les conducteurs, qui préfèrent importer. Les consommateurs ne se retrouvent pas dans l'offre russe. Parmi les plaintes récurrentes : l'absence d'airbag, la mauvaise qualité des pièces, un design pauvre, une mauvaise ergonomie. Ces voitures seraient également polluantes, bruyantes et tomberaient plus souvent en panne que les véhicules importés.

Difficile de prévoir l'avenir de l'industrie automobile russe. La crise l'accule à entamer les profondes transformations qu'elle aurait dû opérer depuis longtemps.

Rédacteur :
Yulia Shurgina, Moskva Russie

Moins chères que les voitures importées surtaxées, les voitures russes n'ont pas la cote auprès des consommateurs. (photo flickr)
Moins chères que les voitures importées surtaxées, les voitures russes n'ont pas la cote auprès des consommateurs. (photo flickr)