SUEDE | Là où le renne croise l'hélicoptère

11/03/09 | Marie Hommeau

Chasseurs de rennes nomades pendant des siècles, les Samis se sont peu à peu sédentarisés en Suède, Norvège et Finlande. Ils sont aujourd'hui 70 000 en Scandinavie dont 20 000 en Suède, principalement en Laponie. Forcés à s'adapter au mode de vie moderne, ils ont conservé en partie leurs traditions mais constituent toujours une minorité de la société nationale. Rencontre avec Nils et sa femme, un couple sami installé à Rensjön, à 31 kilomètres de Kiruna, dans le grand nord suédois.

Une samie.
Claire Griffon
Stockholm Suède

Les Samis se définissent comme «  éleveurs de rennes ». Légalement en Suède ce sont les seuls à pouvoir pratiquer cette activité. « Selon la loi sur l'élevage des rennes, chaque village détient un nombre de rennes, reparti entre les familles.» A Rensjön, un village situé au nord de la Suède,  « cinq familles se partagent 6 000 rennes, ce qui est peu » explique Nils, un éleveur sami.  

Le « peuple des huit saisons », comme on les surnomme, suit le rythme de vie des rennes. Chaque saison est doublée par celles qui l'entourent : « nous sommes en automne-hiver, viendra ensuite l'hiver, puis l'hiver-printemps etc ». Au printemps-été, l’éleveur déplace son troupeau à 80 kilomètres vers le nord, à grand renfort de camions et d'hélicoptères. « À l’inverse de vous, les rennes aiment le froid! » rit-il. L'été, les Samis pêchent pour diversifier leur alimentation.

 

Tourisme et artisanat
10% des Samis font de cette activité leur principale source de revenus. Tout ce qui n'est pas utilisé par la consommation personnelle est vendue (viande, peaux, corne etc). « Le renne est plus que notre gagne pain, c’est tout notre vie », affirme Nils. L'artisanat, le duojdi, est leur deuxième source de revenus, il a été labellisé récemment. Vient ensuite le tourisme : 70€ pour une rencontre de trois heures avec une famille, 230€ pour une journée. Ici, les éleveurs ont aménagé un magasin de souvenirs dans leur villa. Y sont vendus des peaux (60€), des objets en cornes et en peaux, des CD de joik, un chant traditionnel (20€). Pour une guide, ces activités sont « une façon tout à fait dans l’air du temps de se faire de l’argent ». Semi-nomades au rythme des migrations des rennes à l'origine, les Samis se sont sédentarisés lorsque les gouvernements nordiques leur ont interdit les déplacements à travers la Scandinavie. Aujourd'hui, ils utilisent les moyens de transports modernes pour suivre leurs troupeaux.
L’éleveur se plaint : « Les jeunes femmes surtout partent étudier dans le Sud et pour s'y installer le plus souvent ». Le manque de travail et l'isolement sont les deux principales raisons de l'accroissement du départ des Samis.

 

Tradition samies
Chaque famille possède un tipi sur son exploitation. Situé entre les enclos des bêtes, le toit est ouvert pour laisser passer la fumée du feu, les murs sont en bois, le sol recouvert de peaux. La femme de l’exploitant explique que « traditionnellement, on rentre en rampant, la mère et le père s'assoient en face de la porte, à leur droite se placent les plus jeunes des enfants, et à leur gauche les plus âgés. Les invités sont assis sur un rondin de bois, dos à la porte ».
En servant la soupe de rennes, elle explique que pour se préserver des mauvais esprits on ne boit qu'une fois que tout le monde ait été servi. Elle s’amuse : « la mère doit boire la première, si un invité boit avant elle, on jette son verre et on recommence !». En quelques minutes on comprend que  le tipi est l’endroit où se passent les plus importants moments de leur vie. Elle continue « pour une demande en mariage, l'homme fait trois fois le tour du tipi des parents de la fille, s'il est invité à rentrer, il sert le café, si les parents le boivent c'est que la demande est acceptée. Pour un décès, un pan de mur est détruit et le corps est sorti par le trou, il ne doit en aucun cas passer par la porte ».
Lors de ces célébrations religieuses, les Samis portent toujours le costume traditionnel, le kolt, en peau de rennes, le plus souvent bleu. Hommes et femmes ont un modèle distinct. « Depuis 1700, les Samis sont protestants. Le chamanisme (religion polythéiste) a disparu avec l'apparition de l'Église de Suède », rappelle-t-elle.
L'université d'Umeå, la plus grande ville du nord de la Suède, possède une chaire sami, des écoles dispensent des cours en sami et suédois.Dans la soirée nous rencontrons des étudiants suédois (ils sont 150 à Kiruna) qui nous préviennent : « les Samis préservent leur langue ». Une des étudiantes raconte qu'elle suit des cours de Sami à l'université « du fait de ses origines » : ses grands-parents sont Samis.
Les villas, rouges en bois, du village de Rensjön sont très confortables et équipées de tout l'électroménager moderne (jusqu'à l'écran plasma !). L’éleveur note que depuis une dizaine d'année, ils utilisent des moyens de communication modernes (téléphones portables, ordinateurs, GPS), que le transport des rennes se fait par camions et hélicoptères et que le comptage et le marquage sont informatisés. Les Samis s'adaptent à la modernité mais le respect de leurs traditions n'est pas que folklore : les jeunes hommes font toujours trois fois le tour du tipi avant de savoir s'ils vont pouvoir se marier!

 

Reconnaissance légale
En 1991, le gouvernement suédois a doté les Samis d'un parlement propre, le Sametinget. Trois fois par an, ses 31 membres (représentants du Norbotten, la région du nord du pays) se réunissent à Kiruna. Il a le droit de gestion de la chasse et de la pêche sur son territoire, ainsi que de la diffusion de la culture. L'ONU reconnaît les Samis comme un peuple autochtone. C'est l'une des minorités historiques de la Suède, sa culture et sa langue sont respectées et des fonds sont accordés pour leur diffusion. Les Samis se disent Samis avant d’être suédois et rappellent avec fierté que leur peuple était installé sur le territoire national avant les Vikings. Avant le 19ème siècle, le royaume ne reconnaissait pas leur existence. Aujourd’hui le mariage mixte entre Sami et suédois ou étranger est courant.

Rédacteur :
Marie Hommeau, Stockholm Suède

Une maison lapone.
Une maison lapone.Marc Chanard
Stockholm Suède