EUROPE | Oui-Oui au pays suisse

06/02/09 | Marc Botte

Café coquet place de la mairie à Rennes, ambiance de Noël et froid suisse. Je partage une table avec Véronique, une Française, traductrice immigrée chez les Helvètes, et son ami, Hannes, Suisse 100% pur emmental. Un banquier, costard-cravate. Suisse, quoi. Mais non, un jeune développeur de logiciel, casquette vissée sur la tête, loin du cliché. Un grog pour tout le monde, parlons Suisse. Servez-moi des stéréotypes ou faites moi ravaler mes idées reçues.


Mathieu Emanuel
Strasbourg France

La Suisse, le pays de Oui-Oui ? «C’est vrai que quand tu arrives à Berne en train, c’est Heidi. Dans plein de villages, c’est carrément obligatoire d’avoir des géraniums rouges aux fenêtres. Quand tu arrives de Paris, c’est propre, personne ne jette son mégot par terre, les gens sont bien élevés, ils se poussent sur ton passage» raconte Véronique.
C’est la Suisse. Du chocolat, des montres, du fric, des phrases de douze minutes... et des courses de cochons, de la lutte digne des sumos nippons, et autres spécialités locales insoupçonnées. Derrière les apparents clichés qui reflèteraient presque la réalité se cache un pays pas si dépaysant que cela. Tout dépend d’où l’on vient. «Le Suisse romand (francophone) va plus aimer la bouffe, les blagues. Les alémaniques sont peut-être plus coincés, à l’heure, organisés, précis. L’italophone, lui, est sans doute plus extraverti. Ils forcent un peu le trait pour entretenir leur identité».
Car il est difficile de parler d’
«une» Suisse, pour ce pays aux trois langues officielles et au multiples dialectes. La mixité entre les habitants de langues différentes n’empêche pas les incompréhensions : le mot «Röstigraben» (de «galette de pomme de terre» et «fossé») exprime les incompréhensions parfois nombreuses entre alémaniques et romans (appelés «les Russes»  par les premiers. Si, si.). «Parfois, l’anglais est même utilisé pour prendre le relai».
Difficile de dégager une forte unité dans le pays : leurs lois sont cantonales. Un point commun alors ? «Tous en ont marre qu’on leur sorte toujours les mêmes choses : l’or nazi, le chocolat et qu’on confonde la Suisse avec la Suède».
Qu’on ne sache pas que Berne est la capitale de la confédération les exaspère également. Un groupe de musique local très populaire en rigole : il s’appelle Züri West (A l’ouest de Zurich). Une façon de montrer que Berne a beau être la capitale, on est obligé de la désigner par rapport à une autre ville plus connue.
«C’est fun la Suisse» ? La question m’est sortie sans réfléchir. «Non c’est pas fun, mais c’est sympa. A Bern, en exagérant un peu, il y a 5 bars !». Mais le Suisse aime ses montagnes, il en est fier : «Ils font beaucoup de snowboard, marchent dans la montagne, font du vélo, se baignent dans les lacs l’été. Si, ça bouge quand même. C’est le fun organisé. Le fun dans la nature».
Hannes parle un peu français. Originaire de la partie germanophone, il l’a, comme tous les Suisses, appris à l’école. «On est fier d’avoir trois cultures, trois langues différentes et d’avoir un pays qui fonctionne. Ici, il n’y a pas vraiment de séparatistes». Et Coluche qui croyait que les Suisses et les Belges étaient pareils...
Un pays parfait alors, au salaire moyen de 3 700 €, et au pot de Nutella à peine 1,2 fois plus cher qu’en France ? «Attention, corrige Véronique, niveau prestations sociales, la Suisse ce n’est pas comme la France. L’assurance maladie est obligatoire et privée, tu dois cotiser tout seul. Je paye 170 € par mois, et c’est vraiment l’assurance de base. Tu choisis une franchise, et en dessous de cette limite, c’est toi qui prends en charge. Moi jusqu’à 2000 euros par an, je paye. En fait tu dois faire un pari sur combien tu vas être malade...».
Le pays de Federer, la star du tennis, «c’est un quart d’étrangers. On est une grosse minorité. Il y a beaucoup d’Allemands, de Français, d’immigrés des Balkans. Mais dans la mentalité, ça se sent que je ne suis pas Suissesse. C’est très rangé ici, les voisins regardent beaucoup ce que tu fais. Par des détails de la vie courante, ils remarquent vite que je ne suis pas d’ici».
Au boulot, le Suisse est suisse. Une semaine entre 42 et 45 heures minimum, pour l’équivalent de 6 jours de travail en France. Mais le jeu en vaut la chandelle : «En France, mes amis sont à 1500 euros. Moi, mon salaire net, c’est presque le double...» commente Véronique. Très suisse aussi, la neutralité. «Au travail on sent la volonté de consensus tout le temps. Il ne faut pas oublier que la Suisse est artificielle, faite de cantons avec des intérêts différents, qui ont toujours été obligés de faire des compromis. Et ça, ça dicte toute la façon de fonctionner du pays».
Bref, il fait bon vivre au pays de Henri Dès : le taux de chômage est à 2,5%. Ce qui n’empêche pas de voir des clochards dans les rues de la capitale. Pas comme chez Heidi.

Rédacteur :
Marc Botte, Nantes France