EUROPE | Censure au cul de bus

11/02/09 | Matteo Politanò

L’invasion du substantif «athée» sur les transports publics a également pris sa part dans les débats en Italie.

Photomontage par UAAR / la campagne a finalement été refusée

Au pays où siège le Vatican, où l’Église Catholique a pignon sur rue y compris en politique, l’UAAR (Union des athées et agnostiques rationnalistes) a investi une certaine somme d’argent pour aquérir un espace publicitaire sur les transports publics de Gênes, avec le slogan «La mauvaise nouvelle, c’est que Dieu n’existe pas. La bonne nouvelle, c’est que tu n’en as pas besoin». L’association a alors diffusé un photomontage en guise de pré-communication. Après la diffusion de ce dernier, la réaction de l’Église catholique ne s’est pas faite attendre. Relayée dans les médias nationaux avec une grande ampleur, elle a été véhémente. À tel point que l’entreprise milanaise Igp Decaux, responsable des emplacements publicitaires sur les bus de l’AMT (compagnie des transports publics de Gênes), a fait savoir à l’UAAR qu’elle refusait la campagne. Une censure à peine masquée, puisque le 27 janvier dernier, une campagne «modifiée» a finalement été acceptée. Cette fois-ci, l’inscription porte la mention «La bonne nouvelle, c’est qu’ il y a des millions d’Athées en Italie. La très bonne nouvelle, c’est qu’ils croient en la liberté d’expression». Silvano Vergoli, coordinateur de l’UAAR et protagoniste de la polémique nationale, s’explique : «Notre objectif premier était de provoquer le débat sur des thèmes qui constituent encore aujuord’hui un tabou. La censure dont nous avons été victimes le prouve. Peu à peu nous avons réalisé que nous étions en train de faire une expérience de laïcité unique en son genre. Nous avons démontré qu’en Italie nous ne sommes pas libres de nous exprimer. Nous constatons qu’il est impossible d’afficher une opinion à propos de l’existence d’un être surnaturel, même en payant. Ça en dit long sur notre prétendue liberté d’expression. La réaction partiale des journalistes accrédités et des canaux de communication contrôlés en partie par le Clergé a confirmé ce que nous savions déjà. Et les Italiens feraient bien de réfléchir à ça. D’influents représentants catholiques sont allés jusqu’à nous souhaiter le cancer, et ce juste pour avoir exprimé une opinion. Qu’on parle ensuite de dialogue et respet me fait doucement rire...» Des déclarations de poids, surtout quand on sait que l’affaire a pris une dimension européenne. «La campagne anglaise “Dieu n’existe probablement pas” n’était pas traductible sans en détourner le sens. Le “enjoy yourself” aurait pris chez nous une valeur hédoniste que nous ne voulions pas transmettre. Nous avons donc opté pour un slogan original et plus direct. Inutile de tourner autour du pot, le “probablement” équivaut à une probabilité qui tend à une certitude. Autant être clairs et exprimer notre point de vue sans langue de bois. Je ne crois pas qu’en ajoutant ce “probablement” cela aurait changer quoique ce soit. Si un croyant est offensé parce que quelqu’un ne pense pas comme lui, alors la réciproque devrait valoir. Dans ce cas, personne ne devrait être étonné que je me sente personnellement offensé face à quelqu’un qui affirme que Dieu existe. Pour moi, cela reste une opinion, qu’est-ce que cela pourrait être d’autre ?»

Rédacteur :
Matteo Politanò, Genova Italie
Traducteur :
Cyril Berard, Nantes France