EUROPE | De l’eau dans le gaz

22/01/09 | François Le Moal

Le 1er janvier 2009, la compagnie russe Gazprom coupe ses livraisons de gaz à l’Ukraine. Ce pays constituant une sorte de « hub » sur la route du gaz entre la Russie et l’Europe, les répercussions sont immédiates dans les pays dépendant presque exclusivement de la Russie. Il faudra attendre le 19 janvier pour que les vannes soient enfin rouvertes.

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Un nouvel épisode de la guerre du gaz menée par la Russie

Ce n’est pas la première fois que la Russie décide de couper le gaz à l’Ukraine. En effet, la Russie avait déjà entamé l’année 2006 de cette manière parce que l’Ukraine avait refusé de payer son gaz au tarif mondial, et non au tarif préférentiel dont elle bénéficiait en tant que « partenaire privilégié ». Entre temps, la Révolution Orange a conduit au pouvoir Viktor Iouchtchenko, qui préfère se détacher de l’influence de la Russie et se tourner vers l’Europe. Le coup politique orchestré par Vladimir Poutine doit lui faire payer ses orientations. La situation revient à la normale dès le 3 janvier 2006, mais la Russie utilisera encore « l’arme du gaz » dans ses relations diplomatiques et coupera également les vannes à la Géorgie de Mikhaïl Saakachvili.

En ce début d’année 2009, la Russie demande toujours à l’Ukraine de payer sa dette gazière mais l’accuse également de voler une part importante destinée à l’Europe. Kiev ne souhaite pas ouvrir de négociations tant qu’elle est ainsi montrée du doigt. Alors que l’Europe connaît une vague de froid, des pays comme la Slovaquie, la Bulgarie ou la Bosnie-Herzégovine manquent d’énergie pour se chauffer. En outre, l’activité industrielle est ralentie, les écoles doivent fermer, la population recoure au bois de chauffage et le Président de la Bulgarie envisage même de relancer une centrale nucléaire de type Tchernobyl, fermée en vue de l’adhésion à l’Union Européenne, pour y faire face.

 

Le gaz revenu, de nouvelles interrogations

Il y a 3 ans, l’Union Européenne avait tenté de mettre en place une politique commune de l’énergie, mais la situation semble avoir peu évolué. Elle décide d’ouvrir les négociations entre l’Ukraine et la Russie, en jouant le rôle de médiateur. Après des tractations intenses, un accord est finalement trouvé et signé le 19 janvier 2009. L’Ukraine paiera désormais son gaz au tarif « européen » à moyen terme, et bénéficiera en échange de tarifs de transit plus élevés. Deux jours plus tard, le gaz revient à nouveau en Europe.

Cependant, l’Union Européenne se montre très prudente car elle craint que les tensions entre la Russie et l’Ukraine se répètent et qu’elle en subisse encore les conséquences. Cela montre à quel point il lui est nécessaire de mettre en place une politique de l’énergie solide, passant notamment par la diversification des approvisionnements. Certes, un projet de gazoduc pour le transport du gaz de la Mer Caspienne, via la Turquie, existe, mais tarde à se mettre en place du fait de dissensions entre Etats membres, comme la Bulgarie, qui préférait jusque là l’option russe. Les évènements récents peuvent lui faire changer d’avis. En même temps, la Russie, qui retrouve progressivement sa puissance, doit être considérée comme un partenaire économique majeur de l’Union Européenne…

Rédacteur :
François Le Moal, Brussels Belgique