SUEDE | "Une crise prolongée peut pousser la Suède à adopter l'euro"

19/01/09 | Marion Stocchetti

Interview. Sverker Gustavsson est professeur de politiques européenne d'intégration à l'université d'Uppsala, en Suède.

Journal Europa : la Suède semble à son tour être touchée par la crise mondiale financière et économique comme le montre la récente annonce de Volvo de la suppression de 350 postes dans le pays. Est-ce que ce contexte pousse le pays à envisager sérieusement l’entrée dans la zone euro ?

Sverker Gustav : Si la couronne a connu en novembre une dépréciation pour la première fois depuis le début de la crise, nous ne connaissons pas les évolutions futures du cours de la monnaie. Dans le contexte suédois, il est évident que la crise, si elle se prolonge, aura des conséquences désastreuses en poussant le pays à adopter l'euro.

Quelle est la position de l’opinion publique depuis le référendum de 2003 où 56,1 % des votants s'étaient prononcés contre l’adhésion à l’Union monétaire?

L'opinion publique reste plutôt stable face à la question de l’adhésion, il n’y a pas de volonté générale vers l’entrée dans la zone euro. Un nouveau référendum donnerait le même résultat qu’en 2003 avec une victoire du non. Il n’y a pas de style Sarkozy, pas de politicien avec un fort leadership capable de mobiliser l’opinion. Si les citoyens répondent négativement au référendum, il n’est pas dans la nature de la politique suédoise d’aller dans le sens contraire.

Comment expliquer ce rejet de l’euro ?

Il y a deux types d’arguments. Le premier s’appuie sur une vision économique: il n’est pas concevable pour la Suède d’entrer dans une zone monétaire sans pouvoir fiscal. En effet, l’Union Européenne n’a pas le pouvoir de taxer. Ainsi, il n’y a pas de mécanisme pour compenser les conséquences de la monnaie unique. La création du pacte de stabilité tente de répondre à ce problème d’union « construite à l’envers ». On trouve ensuite un argument plus symbolique, plus politique, propre au pays. Rien depuis 2003 n'est venu prouver aux Suédois qu’il aurait été mieux de rejoindre la zone monétaire. De plus, la dévaluation de la couronne suédoise est plutôt un atout dans la mesure où les exportations du pays sont primordiales pour le produit intérieur brut, comme l’industrie automobile par exemple.

 

Pour aller plus loin : Danemark. Le couronnement de l'euro ?

Rédacteur :
Marion Stocchetti, Stockholm Suède