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Mercredi 26 Novembre, le ferry a quitté Stockholm depuis à peine une heure que trois jeunes hommes ressortent déjà de la boutique taxe-free avec un chariot rempli de bouteilles de cinq litres de vodka et de packs de canettes de bière. Une fois leur cargaison déposée dans la cabine, ils iront directement consommer au bar-cabaret, en appréciant du regard les jolies danseuses d'origine ukrainienne cette fois. L'aller-retour Stockholm-Tallinn ne coûte que 10€ et ils avouent que le but du voyage est de « refaire les stocks sans se ruiner ». Comme eux, des milliers de Suédois empruntent chaque semaine les ferries de la Baltique pour acheter de l'alcool et faire la fête deux nuits durant. Un suédois boit 9,8 litres d'alcool par an en moyenne. En dix ans, le taux d'alcoolémie a augmenté de 30% chez les adultes - 50% chez les femmes - et de 24,5% chez les jeunes, malgré la politique prohibitive menée par l'Etat. Un système contraignant Depuis 1955, le « Système Bolaget » (littéralement « entreprise du système », le monopole de l'Etat suédois sur la vente d'alcool) n'a qu'un seul but : la santé publique. Une série de mesures restreignent la consommation. L'achat d'alcool n'est possible que dans des magasins spéciaux et le client doit avoir au moins 20 ans. Les produits sont taxés jusqu'à 70% en fonction de leur degré d'alcool : une bouteille de vodka coûte 99krs (9,90€), une bouteille de vin rouge 165krs (16,50€). Les horaires d'ouverture sont strictement régulés (de 10h à 17h en semaine). Depuis 1999, à la suite d'une demande de l'Union européenne, les plus grands magasins vendant de l'alcool sont aussi ouverts le samedi jusqu'à 15 heures. Pas d'âge pour contourner le système Une part croissante de la population remet en cause le monopole. Selon elles, les contraintes empêchant la surconsommation d'alcool chez les jeunes ne sont plus acceptables. Dès qu'ils ont eu vingt ans, les Suédois s'empressent de se rendre dans les « Système Bolaget » (SB) et achètent pour leurs amis encore trop jeunes! Martin Bi, 20 ans, étudiant suédois en économie, témoigne: « Les autres me surnomaient « Monsieur Système Bolaget », car j'étais souvent saoûl. J'était trop jeune pour acheter de l'alcool, alors les autres le faisaient pour moi ». Le mercredi soir, les étudiants se retrouvent dans les pubs des universités. Ils boivent bières (32krs, 3,20€) ou verres de vodka (50krs, 5€). Pour y rentrer il suffit de détenir une carte étudiant et d'avoir 18 ans. Les limites d'âge ne sont pas respectées à la lettre dans les autres bars. Une fois entrés, les jeunes sont des consommateurs comme les autres. Mais dans la maîtrise du contournement du monopole, les bars ne sont pas les champions : « routes de la soif » et achats sur Internet représentent les méthodes les plus en vogue chez les 25-65 ans. Grâce au passage devenu « obligatoire » aux boutiques détaxées, le marché des party-boats est fructueux. Helsinki, Riga et Tallin sont les destinations les plus prisées. Depuis le Sud et l'Est, les voyages se font en voiture vers le Danemark, voire les Pays Bas ! Grâce au net, les suédois peuvent se faire livrer l'alcool directement livrés chez eux. Ils passent ainsi outre les contraintes. Mais depuis 2006, les importations sont taxées à la même hauteur que les achats effectués en magasin. Plus de spontanéité et moins de dépenses Les Suédois veulent plus de liberté, plus de spontanéité. « Quand je sors d'un magasin avec mon sac du SB, j'ai l'impression de passer pour une alcoolique,» explique Anna Végh-Blidlöv, 25 ans, étudiante suédoise en ethnologie. « La population suédoise est bien hypocrite. Le motif principal est la santé publique mais les « party boat » affichent souvent complet ». La population réclame également une diminution des prix. Car le monopole a pour objectif premier de faire des profits. Et l'entreprise est très rentable. En 2003, des propriétaires ont été jugés pour détournements d'alcool. Cette baisse des tarifs ne sera possible que par l'ouverture du marché à la concurrence. Le 5 juin 2007, la Cour européenne de justice a condamné la Suède pour entrave à la libre-circulation de l'alcool. Les magistrats estiment que les restrictions imposées par le système suédois conduisent à privilégier le SB et que toute la population subit les contraintes, et non seulement les jeunes. Les ministres des Finances et de la Santé ont assurés qu'ils continueront à se battre pour ce régime. Quand il est question de santé publique, le gouvernement suédois reste imperturbable.
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