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Au sujet du Kosovo, peut-on parler de pays à part entière ? Zoran RADOVIC : C’est très difficile de donner une réponse nette. Du point de vue du droit international public : la réponse serait « oui » puisqu’il y a plus d’une quarantaine de pays qui ont accordé cette reconnaissance d’indépendance. Mais il faut savoir aussi qu’un certain nombre de pays de l’Union Européenne ne l’a pas encore accordée : Chypre, l’Espagne, la Grèce… et qu’il y a, par ailleurs, plus de 100 pays à l’échelle des Nations Unies qui n’ont pas encore donné de suite. La communauté internationale reste divisée. Le statut du Kosovo reste selon moi d’un point de vue juridique, un peu exceptionnel. C’est un « Etat » qui n’en n’est pas encore un. D’un point de vue pragmatique, opérationnel, le Kosovo essaye de faire en sorte d’être un pays à part entière, mais il y a toute une série de difficultés structurelles, politiques, juridiques et culturelles qui l’en empêchent. On n’entend plus parler du Kosovo depuis l’indépendance, qu’est-ce qui a marqué ces 10 derniers mois ? Le Kosovo a été un peu laissé de côté par les médias. Des changements, il y en a eu, probablement. Mais est-ce que ça a changé véritablement. ? Economiquement, ma réponse est « non ». A l’intérieur de ce pays, il y a des problèmes économiques et structurels graves qui ne lui permettent pas de rebondir. Il faut dire la vérité, le Kosovo est une « zone chaude » qui produit de la criminalité en général, qui reste suspecte à l’égard du droit des femmes et des enfants. C’est une région difficile à contrôler, il y a la mafia, etc. Le Kosovo ne pourra évoluer qu’au travers de l’éducation et des mesures provenant de la communauté internationale. Quel regard portez vous sur les tentatives du président Serbe Boris Tadic de continuer à se battre pour le Kosovo devant les instances internationales ? Du point de vue juridique et politique, c’est une démarche tout à fait légitime par rapport à la défense des territoires de la Serbie. Ce qui est important c’est qu’il a fait une démarche fondamentalement patriotique et je crois démocratique. Par ailleurs, c’est une démarche qui relève de ses compétences peu importe s’il est Boris Tadic ou Nicolas Sarkozy. C’est tout à fait normal et dans la logique des procédures. On verra quelle sera la suite judiciaire en ce qui concerne le recours de la Serbie auprès de la Cour Internationale de Justice visant la déclaration unilatérale. En principe, à partir de la décision de la Cour, la situation devrait devenir plus claire. Il faut que le droit international public tranche. Le taux de chômage est très important, est-ce le chantier le plus urgent du Kosovo ? Sur la question de l’emploi, la communauté internationale, l’Union Européenne et l’ONU apportent leur soutien financier. Mais qui dépense l’argent, pour quoi exactement ? Le Kosovo dans l’opinion public reste une zone que l’on considère comme produisant des effets néfastes. Pourquoi la communauté internationale ne met pas en place un dispositif pour savoir quelle richesse, quelle croissance a créé le Kosovo depuis son indépendance ? Elle doit dire « vous voulez être un Etat indépendant, qu’avez-vous fait pour le droit des enfants, le droit des femmes, pour la croissance, pour l’emploi etc. ». La communauté internationale laisse les choses se faire. Je crois que de ce point de vue il faudrait faire plutôt dans le sens inverse, réformer l’ONU et l’Union européenne que le Kosovo ! Les Kosovars semblent n’avoir que le mot Europe à la bouche, est-ce un rêve utopique ou une possible réalité ? L’Union Européenne a tout intérêt à accueillir tous ces pays des Balkans. Déjà pour régler définitivement le problème de la paix dans la région, et canaliser une énergie positive. Avec le Kosovo et ses voisins dans l’UE, on aurait la possibilité de veiller juridiquement et politiquement sur cet espace. On aurait la possibilité de dire : « le futur Traité de Lisbonne impose que vous fassiez ça, faites-le, sinon il y aura des sanctions ». C’est ce qui avait été fait en 2000 en cas de formation d’un gouvernement Autrichien avec la participation du FPÖ. L’Union Européenne a imposé des « sanctions » et des mesures coercitives. C’est dans ce sens qu’il faut aller. Tant que le Kosovo est un « Etat » qui n’en n’est pas encore un, alors la procédure d’adhésion et les négociations risquent de poser plus de problèmes à l’Union européenne que de forger son Unité. Est-ce que la Serbie ne s’est pas libérée d’un poids encombrant avec la perte du Kosovo ? Il y a une variété d’avis en Serbie. Une partie considère qu’il faut garder le Kosovo, les monuments historiques, le patrimoine et l’héritage culturels Serbes qui sont sur le territoire du Kosovo. D’autres pensent qu’il faut se détacher complètement du Kosovo car les Kosovars, qui disposent de plus de liquidités que les Serbes, vont racheter beaucoup d’immobilier en Serbie et que le poids économique peut basculer en faveur d’Albanais de Kosovo. Enfin, quelque soit l’avis, tous sont d’accord pour que cette région primordiale dans l’histoire de la Serbie doit être protégée. Il y a eu des incidents à la frontière avec la Serbie qui refusait de laisser passer ceux qui avaient le tampon du Kosovo sur leur passeport, des manifestations à Belgrade. Pendant des années les Serbes ont pointé du doigt les agressions dont ils étaient victimes. Quelle est la situation au niveau de la sécurité ? Des risques très graves existent. S’il y a encore des troupes internationales sur place, c’est que le risque est important. Le Kosovo dit que sa diaspora en Belgique, en Allemagne ou aux Etats-Unis est très importante. Si c’est le cas, pourquoi elle ne se concentre pas pour aider le pays à se moderniser ? Pourquoi les « kosovars » ne se rapprochent pas des Serbes pour assurer la paix et un développement à long terme ? Pourquoi on ne dit pas aux « kosovares » vous devez changer votre manière de vivre et vous devez promouvoir la modernité dans votre communauté… les Kosovars sont- ils sourds ou la Communauté internationale a-t-elle intérêt que cette situation dure ?
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