EUROPE | Genèse

08/12/08 | Sophie Girard

«Ce que nous appelons aujourd’hui Ong a été l’un des ferments de construction des états modernes», explique Michel Doucin dans son livre, Les Ong : le contre-pouvoir? (1). Certains observateurs considèrent l’envergure internationale des Ong comme un phénomène propre à la fin du XXe siècle. Cette réflexion paraît erronée.

Chevalier de l\'Ordre de Malte

Dès le XIème siècle, les Ordres hospitaliers, connus aujourd’hui sous le nom d’Ordres de Malte, puis les médecins et enseignants évangéliques, expérimentent les premières missions «humanitaires» et mènent des actions d’assistance aux pauvres ou d’alphabétisation tout en diffusant la bonne parole. On les considère aujourd’hui comme les ancêtres des grandes Ong confessionnelles telles que le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD).

C’est au XVIIIème que les Lumières ouvrent la voie aux notions de «philantropie» et «d’humanité». De cette période découlent des valeurs fondamentales, comme le respect de la dignité humaine ou le combat pour la défense des droits humains. Dans leur réflexion sur les sociétés et les rapports entre les êtres humains, les philosophes étendent leur pensée au progrès technique et à l’observation de la nature, ce qui donnera naissance, au XIXème, au mouvement de défense de la nature. L’humanitaire entre alors dans la première période de son ère moderne, avec comme acte fondateur la création en 1863 (2) du Comité international de secours aux blessés de guerre, la Croix-Rouge. Dès la fin du XIXe siècle, des habitudes de coopération se sont développées dans l’action publique internationale. C’est à cette période que des organisations internationales privées commencent à prendre conscience de leur importance (3). Lors de la Conférence pour la paix à Paris en 1919, elles laissent, dans les couloirs de la Société des Nations (SDN), leurs empreintes sur les nouvelles conventions traitant des lois de la guerre, de la propriété intellectuelle, du droit maritime, de la prostitution, des drogues, du travail et de la protection de la nature. De 1919 à 1934, les Ong réussissent à jouer un petit rôle dans quelques commissions de la SDN, qui ne leur accorde toutefois aucun statut officiel.

Le terme Ong apparaît pour la première fois dans la Charte des Nations-Unies (ex SDN) en 1945. Mentionné dans l’article 71, il stipule donc que «le Conseil économique et social (ECOSOC, un des organes de l’ONU) peut prendre toutes dispositions utiles pour consulter les organisations non gouvernementales qui s’occupent des questions relevant de sa compétence». Au printemps 1967, les Ong se trouvent à la porte de la deuxième période de l’ère «humanitaire» moderne. Un violent conflit éclate dans la province du Biafra, au Nigeria. En vertu des règles du droit international, nul ne peut intervenir pour faire cesser les hostilités, car ce conflit est une affaire intérieure au pays. Une poignée de médecins français volontaires de la Croix-Rouge, baptisés french doctors, s’indigne de cette situation (cf. encadré «Sans frontières» page suivante). Pour attirer l’attention, ils utilisent pour la première fois explicitement les médias qui diffusent des images du conflit et provoquent une vive émotion au sein de l’opinion publique. Des accords d’Helsinki (1975) à la chute du mur de Berlin (1989), la participation des Ong à la gouvernance mondiale s’intensifie. Elles se sont développées en nombre, en taille et en diversité. Par leur capacité d’expertise et leur ténacité, elles ont réussi à peser sur des processus de décision internationaux, notamment dans les domaines de l’environnement et des Droits de l’homme.

Depuis les années 90, la mondialisation économique et l’émergence de la société de l’information voit la souveraineté de l’État s’affaiblir et l’influence de l’humanitaire devenir visible et puissante. Les Ong apparaissent comme les principaux acteurs de ce concept émergent de «société civile (4)» qui ne semble pas éclaircir la compréhension sur ces «héros des temps modernes». En effet, force est de constater qu’il n’existe aucune définition juridique claire en droit international de la notion d’organisation non gouvernementale. Elles sont soumises aux lois et statuts nationaux des pays dans lesquels elles sont implantées. Les Ong françaises ont à 98% un statut d’association régie par la loi du 1er juillet 1901 (2% au statut de fondation). La reconnaissance d’utilité publique est l’unique point juridique qui les différencie d’une association de quartier. Cependant le statut des Ong varie naturellement d’un pays à l’autre. Il existe en Europe 39 systèmes juridiques différents. L’absence d’instruments normatifs internationaux, et la multitude d’acronymes qui les désignent (cf. encadré page 24) ne font qu’étendre l’image floue déjà véhiculée à l’opinion. De fait, le terme «non gouvernemental» demeure plus porteur d’interrogations que de significations. Il aurait donc mieux valu en langue française, comme le souligne Philippe Ryfman (5), traduire par «Organisations Non Étatique» ou «A-Étatique», ou encore «Non Administratives» pour être un peu plus clair et significatif de cette indépendance politique qui entend, dans leur essence, les caractériser.

 

1/ Les Ong : le contre-pouvoir?, Michel Doucin, Éditions Toogezer (décembre 2007).

2/ Suite à la bataille de Solférino, le 24 juin 1859, qui vit Napoléon III allié à l’armée sarde l’emporter sur l’armée autrichienne de l’empereur François-Joseph.

3/ On notera la création de l’Union des associations internationales en 1910.

4/ Dans son livre, Michel Doucin actualise la vieille notion de société civile : «La société civile s’identifie aujourd’hui à l’espace non gouvernemental où s’organise le débat public, à l’agora moderne, à la respiration citoyenne. Elle n’est pas une collection d’acteurs mal définis et mal organisés, mais la scène où ceux-ci interagissent.»

5/ Phillippe Ryfman, avocat et professeur associé au département de Sciences-Politiques de la Sorbonne, auteur de nombreux ouvrages sur les enjeux de l’humanitaire international.

 

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QUI SONT-ELLES ?

Nous avons volontairement choisi de ne pas être exhaustifs et d’étudier les grandes Ong internationales, qui sont répertoriées dans les champs d’action suivants.

Humanitaire et Développement

Deux sous-catégories existent au sein des Ong humanitaires. On distingue d’une part les actions d’aide d’urgences, qui apportent une aide immédiate d’ordre médicale, technologique ou alimentaire suite à une catastrophe naturelle, un conflit, une épidémie, etc.

(Parmi les principales : Médecins sans frontières, Médecins du Monde, Première Urgence, Action contre la faim, Solidarités.) ; et d’autre part l’aide au développement, construite sur des partenariats durables avec les acteurs locaux pour répondre à des problèmes structurels (microcrédit, commerce équitable, etc.) Parmi les principales : Croix-Rouge, CCFD, Aide et action, CARE.

Social

Elles œuvrent pour la promotion des principes d’égalité et de solidarité, la lutte contre la pauvreté ou les discriminations (femmes, enfants, défavorisés, homosexuels, etc.)

Parmi les principales : Unicef, Action Culture, Save The Children.

Environnement

Elles militent pour une prise de conscience sur les crises environnementales pressantes. Leurs actions sont parfois provocantes mais toujours non-violentes.

Parmi les principales : Greenpeace, WWF, Rainforest Foundation.

Droits de l’homme

Elles défendent l’intégrité physique et morale des individus, leur liberté de conscience et d’expression. Elles éprouvent bien souvent la nécessité d’être indépendantes politiquement et financièrement.

Parmi les principales : Amnesty International, Reporters sans Frontières, Human Rights Watch, Fédération internationale des Droits de l’homme.

Réseau et pression

A l’échelle nationale, européenne ou internationale, des structures regroupent et fédèrent l’ensemble des Ong pour qu’elles pèsent de façon plus forte sur les institutions.

Parmi les principales : Concord, Coordination Sud

 

Rédacteur :
Sophie Girard, Nice France