POLOGNE | Une révolution pour une pièce de théâtre

27/11/08 | Katia Vandenborre Valentin Behr

Les événement de mars 1968, bien qu'ils n'ont duré que trois semaines, ont constitué un tournant dans l’histoire de cet ancien satellite de l'URSS.

Etudiants dans les rues de Varsovie en mars 1968. © Instytut Pamięci Narodowej

Premier grand mouvement de masse contre la dictature, choc moral et idéologique, les événements de 1968 ont donné naissance à, ce que l'on a appelé "la génération de mars 68".

Le 30 janvier 1968, après l'interdiction de la représentation des Aïeux (Dziady), adaptée par Kazimierz Dejmka, à l'occasion l’anniversaire de la révolution d’octobre, des étudiants manifestent devant le monument dédié à la mémoire de l'auteur de la pièce, le poète Adam Mickiewicz. Ils protestent contre cette censure et réclament la démocratie. La police arrête 35 d'entre eux et deux de leurs leaders, Adam Michnik et Henryk Szlajfer, sont alors expulsés de l'université de Varsovie. Les manifestations se poursuivent et sont soutenues par l’Union des écrivains ainsi que deux membres du parti, Jacek Kuron et Karol Modzelewski.

"La plus grande peur de ma vie"

Le 8 mars à midi, après l'arrestation de leurs meneurs, les étudiants se rassemblent calmement sur le campus principal. Ils sont reçus à coups de matraque. En signe de solidarité, le lendemain, la Polytechnique de Varsovie se soulève et d’autres villes suivent malgré la répression.

Pour nombre de manifestants, la blessure ne s'est jamais cicatrisée. "Mars 1968 a été la plus grande peur de ma vie", explique Teresa Torańska, journaliste au quotidien Gazeta Wyborcza. Tandis que Krzysztof Wodiczko, un sculpteur qui vit aujourd'hui aux États-unis, témoigne dans ce même journal de ses souvenirs douloureux : "je me réveille souvent en pleine nuit en sueur. Je fais le cauchemar d’être de retour en Pologne, la police m’interroge et m’interdit de partir".

Les juifs montrés du doigt

Après trois semaines, la révolution s'essouffle. Privés de l’appui de la classe ouvrière, les étudiants ne font pas le poids. Dès le 11 mars, le congrès du parti communiste contre-attaque à coups de slogans contre un prétendu "complot sioniste" qui menace le pouvoir en place, tel que : "les étudiants à la science, les écrivains à la plume, les sionistes à Sion". Certains leaders de l’opposition d'origine juive sont alors montrés du doigt et une vague antisémite gagne la Pologne. A cette époque, l'URSS vient de rompre tout contact diplomatique avec Israël après Guerre des six jours. Près de 15 000 juifs doivent émigrer et les licenciements massifs ont lieu dans les hauts postes de l'armée, du parti, de l'université et de la police.

Pourtant, selon un récent sondage de Gazeta Wyborcza, 87% des Polonais ne savent pas ce qui s'est passé en mars 1968 dans leur pays.

Les blessures de 1968 donnèrent à ces jeunes l'énergie de se battre pour l'émancipation de la Pologne dans la décennie 1980. En 1980, ils créèrent Solidarność et un mouvement qui mena vers la transition démocratique de 1989 et la troisième République de 1998.

Rédacteurs :
Katia Vandenborre, Warsaw Pologne
Valentin Behr, Warsaw Pologne