EUROPE | Premiers dommages collatéraux de la crise géorgienne en Ukraine

13/10/08 | François Le Moal

Après la crise en Géorgie en août 2008, les analystes géopolitiques avaient annoncé que l’Ukraine pouvait être prochainement dans la ligne de mire de la Russie. En effet, les régimes politiques en place, tous deux issus de révolutions de velours au milieu des années 2000, ont pour objectif de se rapprocher de l’Union Européenne et ne plus simplement être d’anciennes républiques de l’URSS sur lesquelles la Russie pourrait exercer des droits qu’elle juge encore légitimes. Mais l’Ukraine n’aura pas eu besoin de l’intervention directe de la Russie pour plonger dans une nouvelle crise politique.

Viktor Iouchtchenko

Immédiatement après l’intervention de l’armée russe en Ossétie du sud, le Président ukrainien Viktor Iouchtchenko considère cet acte comme une agression du territoire de la Géorgie, et se dit par ailleurs prêt à bloquer le port de Sébastopol, où stationnent une partie de la flotte russe en Mer Noire, pour tous les navires qui auraient participé aux opérations militaires.

Une Premier Ministre très discrète, puis accusée de «haute trahison»

Or, Ioulia Timochenko, son Premier Ministre, ne le suit pas dans cette démarche. L’égérie de la Révolution Orange, qui a pourtant eu jusqu’ici des positions très tranchées à l’encontre de Moscou, notamment sur la question des tarifs du gaz importé, se montre très prudente. Ce changement d’attitude suscite déjà quelques interrogations. En septembre 2008, les députés du parti de Ioulia Timochenko et du principal parti d’opposition pro-russe, le Parti des Régions, rejettent non seulement le texte condamnant l’intervention russe en Géorgie, mais adoptent également un amendement qui prévoit la réduction des pouvoirs du Président. Pour Viktor Iouchtchenko, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase ; son parti, Notre Ukraine, quitte la coalition gouvernementale et il accuse son Premier Ministre de « haute trahison » aux intérêts du pays.

Une nouvelle crise politique qui enterre définitivement la Révolution Orange

Le 8 octobre 2008, Viktor Iouchtchenko ne trouve aucune autre issue que la dissolution de la Verkhovna Rada – le Parlement ukrainien. Le scrutin est fixé au 7 décembre 2008 ; il s’agira des troisièmes élections législatives en 3 ans. Cette statistique suffit pour comprendre que l’Ukraine n’est jamais parvenue à la stabilité politique depuis la Révolution Orange, emmenée notamment par Viktor Iouchtchenko et Ioulia Timochenko, en décembre 2004. Ainsi, jugée provocante vis-à-vis de Moscou, Viktor Iouchtchenko remplace Ioulia Timochenko dès septembre 2005 par un de ses proches collaborateurs au poste de Premier Ministre, Iouri Ekharounov. En mars 2006, la victoire des pro-russes lui fait subir une période de cohabitation infructueuse jusqu’en septembre 2007, où il ne peut éviter le retour de son ancienne alliée, Ioulia Timochenko. Désormais, nous pouvons dire que la Révolution Orange est enterrée et une nouvelle page de l’histoire politique de l’Ukraine va s’ouvrir dans les prochains mois. Il est probable que le Président en sorte très affaibli, mais nous ne pouvons pas dire, d’une part, qui, entre pro-russes et pro-occidentaux, en sortira vainqueur, et d’autre part, si elle augure enfin une ère politique plus stable.

Rédacteur :
François Le Moal, Brussels Belgique