AUTRICHE | Une droite dans ta gueule !

29/09/08 | François Le Moal

Le 28 septembre 2008 se sont tenues en Autriche des élections législatives anticipées, après l’éclatement de la coalition gauche/droite, au terme de deux ans seulement, tant les tensions étaient fortes. Les derniers sondages donnaient les conservateurs et les sociaux-démocrates au coude à coude, avec une extrême droite capable de jouer les troubles fête. A noter que l’âge légal du vote a été abaissé à 16 ans.

"Brauns Anna" / www.youthphotos.eu, CC-License(by-nc)

En 2006, les sociaux-démocrates du SPÖ remportent les élections législatives anticipées, décidées par le chancelier conservateur Wolfgang Schlüssel, suite à l’éclatement de la majorité, alliant son parti, le ÖVP, au FPÖ, d’extrême droite. Avec seulement un point d’avance sur le ÖVP - 35,34% contre 34,33% -, le SPÖ ne peut compter sur les Verts pour constituer une nouvelle majorité et doit recourir à une grande coalition avec le ÖVP, à l’instar de l’Allemagne depuis 2005 entre la CDU et le SPD. Dès la formation de son gouvernement, le chancelier Afred Gusenbauer, pouvait déjà supposer qu’il aurait beaucoup de mal à mettre en œuvre son programme, mais n’aurait jamais imaginé à quel point les tensions seraient vives, et ce, dans tous les domaines. La question européenne met un terme à cette coalition infructueuse. Ainsi, à la fin du mois de juin 2008, le SPÖ annonce par la voie de la presse que les futurs projets qui « touchent aux intérêts fondamentaux de l’Autriche » - Traité de Lisbonne, pourtant adopté par Vienne en avril 2008 et adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, à laquelle l’opinion publique est très défavorable - devraient être soumis à un référendum. Le vice-chancelier Wilhelm Molterer, leader du ÖVP, réplique quelques jours après par la demande d’élections anticipées. Entre temps, une crise interne au SPÖ conduit à sa tête le Ministre des Transports, Werner Feymann, qui devra mener la campagne électorale.

Les deux principaux partis se sont chamaillés, l’extrême droite en a profité

Conformément aux derniers sondages, le SPÖ arrive en tête avec 29,3% des voix, et a creusé un certain écart avec le ÖVP, qui recueille 26,1% des voix. Pour ces deux partis, il s’agit là des pires scores enregistrés depuis l’après-guerre. Mais ensuite se succèdent les deux formations d’extrême droite, le FPÖ et le BZÖ, avec respectivement 17,9 et 11,4% des voix. Quant aux Verts, ils comptent 9,4% des suffrages. Dès l’annonce des résultats, Werner Feymann a revendiqué la victoire et le poste de chancelier. Mais avec qui va-t-il constituer une majorité au Parlement ? Les Verts ont déjà pris leurs distances durant la campagne électorale. Tentera-t-il une alliance avec l’extrême droite, comme Wolfgang Schlüssel auparavant, au risque de provoquer une crise avec l’Union européenne ? La solution la moins pire, mais finalement la plus sûre serait de refaire une coalition avec le ÖVP. En tout cas, une des dirigeantes du SPÖ, Doris Bures, a annoncé l’ouverture de prochaines négociations, pour repartir sur des bases plus solides et éviter une nouvelle crise politique, qui aboutit finalement au renfort de l’extrême droite. La classe politique autrichienne aura-t-elle cependant retenu la leçon pour cette nouvelle législature?

 

Rédacteur :
François Le Moal, Brussels Belgique