PAYS-BAS | Permis de squatter

25/07/08 | Maaike Zunderdorp

Des bâtiments désaffectés sont transformés en squats légaux et gérés par des squatteurs qui font du gardiennage d’immeubles en échange d’une location presque gratuite de leur domicile. Une initiative néerlandaise qui fait des émules.


Gabriel Papapietro
Paris France

Un bâtiment inoccupé, temporairement laissé à l’abandon ne le reste jamais longtemps aux Pays-Bas. Soit des squatteurs s’y installent, soit des voleurs le pillent, soit des vandales le démolissent. En peu de temps, un bâtiment peut perdre de la valeur. Les squats sont l’un des principaux soucis des propriétaires. Nombreuses sont les personnes qui cherchent un chez-soi à un prix abordable, surtout dans les villes estudiantines où c’est souvent le parcours du combattant pour se trouver un logement. Or, les squats sont encadrés par la loi : une fois que ces indésirables squatteurs ont installé leur lit et apporté leur brosse à dents, leur évacuation devient très complexe. De plus, un squat n’implique pas un parfait entretien du bâtiment et constitue en outre un risque pour les occupants illégaux : de nombreux groupes de squatteurs sont souvent virés avec violence.

Séance de travail dans une église
Pour satisfaire les demandes de logement et éviter les occupations illégales, au début des années 1990 aux Pays-bas, est né le phénomène "anti-squats". Il permet aux gens d’occuper temporairement des immeubles désaffectés en payant, la plupart du temps, simplement l’eau et l’électricité. Ces résidents veillent à l’entretien de la maison et tiennent éloignés les vandales de leurs domiciles. Lancelot est une entreprise spécialisée dans ce domaine. Fondée à Amsterdam, elle gère et surveille des immeubles inoccupés en les proposant comme logement aux personnes à la recherche d’une habitation. Il peut s’agir d’un château, d’une salle de sport, d’une église, d’un couvent ou même d’un cinéma. Seules les personnes responsables, sans enfant et solvables sont éligibles pour ce type de logement. L’aspect éphémère du foyer et son faible prix attirent principalement les jeunes, les étudiants ou les artistes. Le deal parfait, a priori. D’ailleurs, cette initiative s’est étendue à d’autres pays tels que l’Irlande, la Grande-Bretagne, la France et la Belgique.
"Le seul inconvénient est qu’à tout instant, on risque de me demander de quitter ma maison dans les trois semaines", raconte Mark qui a élu domicile dans une église inhabitée d’Amsterdam. "Cette église est vide et devra être transformée en théâtre de quartier. Jusque là, nous pouvons y rester", ajoute-t-il. Mark y habite depuis six mois avec son meilleur ami. "Qui peut se vanter d’habiter dans une église ? La semaine dernière, j’y ai organisé une séance de travail pour toute ma classe, avec une présentation depuis l’autel !" De nombreux bureaux vides sont également gérés de cette manière. "Les gens s’étonnent toujours quand je leur dis que j’habite une maison de 50 pièces, confie Paul, et que je dois passer dans trois longs corridors avant d’arriver à ma cuisine."

Rédacteur :
Maaike Zunderdorp, Amsterdam Pays-Bas
Traducteur :
Marie Deblonde, Brussels Belgique