ALLEMAGNE | Pas de tapis rouge pour le dalaï-lama

24/07/08 | Larissa Beutin

En mai dernier, le dalaï-lama s’est rendu en Allemagne où il jouit d’une grande popularité. Mais, deux mois après les émeutes sanglantes au Tibet, cette visite a divisé les sociaux démocrates (SPD) et les chrétiens démocrates (CDU-CSU), partenaires au sein de la coalition gouvernementale.


Larissa Beutin
Berlin Allemagne

"Tashi Delek". C’est par cette expression tibétaine, qui signifie "bonne chance", que la foule salue le 14ème dalaï-lama devant la Porte de Brandebourg, lors du dernier discours de son voyage en Allemagne. "J’aime les idées qu’il apporte aux gens, lance une femme dans la cohue. Si tout le monde était ainsi, il n’y aurait pas de guerre dans le monde."

À la Chambre des députés, ce n’est pas la paix mais la controverse qu’il déclenche. Le séjour en Allemagne, du 15 au 19 mai dernier, du prix Nobel de la paix 1989 était organisé par l’association Initiative tibétaine allemande sous la devise "pas de paix sans droits de l’homme". Mais, après les émeutes sanglantes en mars dernier au Tibet, cela risquait fort d’attirer la colère de Pékin. Une grande incertitude règne alors dans la classe politique allemande, qui se souvient des répercussions de la dernière visite du dalaï-lama en Allemagne. L’audience privée accordée au chef spirituel tibétain, en septembre 2007, par Angela Merkel (CDU) avait attiré les foudres chinoises. Cette fois, la chancelière allemande est tirée d’affaire : un voyage en Amérique latine était prévu de longue date au même moment.

Un enjeu de campagne politique

Personne ne sait trop sur quel pied danser, même si un accord existe sur le renforcement de la politique d’une seule Chine. Pourquoi toutes ces dissensions ? À l’approche des JO, est-ce la peur des conséquences économiques ? Entre les partis, ce sujet délicat devient un enjeu de campagne. 

Le ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier (SPD), a refusé d’accueillir le dalaï-lama, à l’image du Président fédéral, Horst Köhler (CDU). Il n’est donc reçu que par quelques politiciens de la CDU et par la ministre de la Coopération économique et du Développement, Heidemarie Wieczorek-Zeul (SPD). 

Le public, venu en masse saluer le dalaï-lama pendant ses discours, lui montre à quel point il est populaire en Allemagne. Cela étonne même un peu le chef spirituel tibétain qui exprime surtout, dans son discours devant la Porte de Brandebourg, sa compassion pour les victimes du tremblement de terre en Chine. Il n’a pas non plus manqué de faire remarquer que les violations des droits de l’homme existent ailleurs qu’au Tibet.

Pour lui, être accueilli par des politiciens n’est pas si important. Ce qui compte le plus, c’est la rencontre avec le public et les médias. Si le ministre des Affaires étrangères allemand ne veut pas l’accueillir, "c’est à lui de voir, il sait mieux ce qui est bien pour la politique", déclare-t-il avec un sourire narquois.

Rédacteur :
Larissa Beutin, Berlin Allemagne