ALLEMAGNE | « Ma patrie, c’est plutôt la Turquie »

24/06/08 | Annika Giese

Ce mercredi, les équipes d'Allemagne et de Turquie s'affronteront en demi-finale de l'Euro. Un match particulièrement passionnant car les Turcs sont plus de 2 millions en République fédérale et représentent le plus grand groupe d'immigrés du pays. Que pensent les Turcs d'Allemagne de ce duel ? Quelques-uns d'entre eux donnent leur avis.

Jubilation, célébration de la victoire et concerts de klaxons – dans toute l'Allemagne, les supporters turcs ont fêté la semaine passée la qualification de leur équipe en demi-finale de l'Euro. Après sa victoire surprise contre la Croatie lors des toutes dernières secondes, l'équipe nationale turque rencontre ce mercredi la Mannschaft à Bâle. Ce duel a d'autant plus d'intérêt en Allemagne que près de 2,4 millions de personnes issues de l'immigration turque vivent dans le pays.

Özhan Yavuz d'Hambourg est l'un d'entre eux. S'il est né en Allemagne en 1984 et y a passé toute sa vie, il souhaite pourtant la victoire des Turcs. Comme beaucoup de Turcs-Allemands, il s'identifie plus profondément à ses racines qu’à son pays natal. « C’est plutôt à la Turquie que j’associe le mot patrie. C’est là-bas que sont mes racines. Toute ma famille vit là-bas – des personnes qui représentent beaucoup pour moi et que j’aime de tout mon cœur. Seuls ma famille proche et moi vivons ici en Allemagne. Je ressens plus souvent la convivialité et l’hospitalité, en Turquie. La culture, la religion et les valeurs des Turcs m’ont beaucoup marqué. »

En cas de victoire allemande, Özhan est cependant prêt au compromis : « Je serais aussi heureux pour la Mannschaft. L’Allemagne est finalement (aussi) ma patrie. Je porte les deux drapeaux nationaux sur ma voiture. »

Etranger, même dans la patrie

Tous les Turcs-Allemands ne partagent cependant pas cette position. Yesim Kul (26 ans) de Achern est également née en Allemagne et y a grandi. Mais en aucun cas, elle ne concèderait la victoire aux Allemands. « Si l’Allemagne joue, je suis contre elle par principe. Mes amis ne le comprennent pas. Ils me disent : Tu as grandi ici, tu vis ici, tu dois être pour l’Allemagne. Mais pourquoi devrais-je leur mentir et me mentir à moi-même ? »

Ce conflit entre l’appartenance au pays et le sentiment d’y être étranger, Hüseyin Pargan de Düsseldorf le connaît aussi. Il décrit le problème avec ces mots : « Je ne peux pas m’identifier à l’Allemagne, tout simplement parce que je ne suis pas un Allemand – mais je ne suis pas un Turc non plus. Nous, qui sommes nés en Allemagne, n’avons pas de patrie parce que nous sommes considérés comme étrangers aussi bien ici en Allemagne qu’en Turquie. »

Attention aux Turcs Last Minute

Une chose est sûre : les Turcs auront du fil à retordre mercredi. L’équipe déplore cinq joueurs blessés, parmi lesquels trois ont définitivement déclaré forfait. Par ailleurs, quatre joueurs sont exclus. Toutefois l’équipe turque a créé la surprise à trois reprises lors de cet Euro en remportant dans les dernières minutes des matchs où on les pensait déjà perdants, contre les Suisses, les Tchèques et les Croates. « Attention aux Turcs Last Minute » préviennent ainsi les médias allemands. Le sélectionneur turc Fatih Terim ne veut pas se laisser intimider par l’adversaire allemand : « Nous avons déjà montré plusieurs fois que nous pouvions réaliser l’impossible. Je crois fermement en mon équipe et en sa victoire lors de la finale » a-t-il déclaré.

Les supporters turcs doutent cependant de la victoire de leur équipe. « Les Turcs n’auront aucune chance » concède Yesim et Metin Gürnaz (27 ans, Berlin) prévoit sobrement : « l’Allemagne va gagner, 3-1. »

Seul Özhan partage la confiance du sélectionneur turc – son pronostic : 2–1 pour la Turquie. « Le but décisif va bien sûr arriver comme d’habitude lors des dernières minutes.»

 

 

Rédacteur :
Annika Giese, Hamburg Allemagne
Traducteur :
Claire Gandanger, Nantes France