EUROPE | Et vous? Qu’avez-vous fait contre l'immigration ?

14/06/08 | Eviv Bulgroz

PARIS, mai 2085. Aujourd’hui âgé de 87 ans, Jean-Sébastien Braque est l’un des derniers survivants de la Grande Bataille Contre l’Immigration des années 2020. Récemment décoré de la médaille d’honneur de l’Ordre de Charles-Martel, il a accepté pour nous de revenir sur son engagement.

Et vous ? Qu'avez-vous fait contre l'immigration ?
©N!
Nantes France

«Des fois je regarde en arrière, et je me dis qu’on en a fait, du chemin. Quand j’étais petit, on en parlait déjà, des immigrés, qu’il fallait en virer 25 000 ou 35 000 par an, je ne sais plus ; mais on faisait ça n’importe comment. Je m’en souviens bien, parce que c’est à ce moment là que j’ai eu la vocation.

Un jour que je sortais du métro, ils en contrôlaient plein, et vous imaginez bien que parmi tous ces Noirs il y en avait un bon paquet qui n’avaient pas de papiers. C’est pas qu’on était raciste à cette époque, mais c’est juste que tous ces types qui venaient chez nous pour toucher les allocs ou le RMI (c’était ce qu’on leur donnait, aux pauvres, pour qu’ils n’aient pas besoin de travailler), alors qu’au niveau de l’économie et de la croissance et tout, ça n’allait pas trop, c’était vraiment plus possible. Enfin, je m’égare. Donc les sans-papiers, là, on les chopait à la sortie du métro, et ça criait, ça pleurait, des fois il paraît qu’il y en avait qui sautaient par la fenêtre, ça faisait pas très sérieux. C’est pour ça que quand ils ont créé la FEAR, la Force européenne d’assimilation et de régulation.

En 2016, je me suis engagé. J’avais 18 ans. Là-haut ils s’étaient décidé à voir les choses en grand, au niveau de l’Europe, quoi, et la FEAR, c’était quelque chose. Ce qu’on voulait, c’est que les étrangers qui viennent chez nous, ce soit vraiment ceux qu’on avait choisis, et puis il fallait vraiment qu’ils aient envie de s’intégrer. Et je peux vous dire que pour beaucoup, ce n’était pas le cas. C’est pas qu’on était raciste, hein, mais il y avait beaucoup de Noirs, d’Arabes, de Roms, enfin tous ceux qu’il y avait encore à l’époque, ils voulaient garder leur langue, leurs coutumes et tout, et ça c’était vraiment plus possible. Et c’est la FEAR qui réglait ces problèmes.

Pendant 6 mois, on servait sur les frontières, au sud et à l’est, et les 6 autres mois, sur le “front intérieur”, comme on disait à l’époque, dans les banlieues, dans les campagnes, là où ils se cachaient. Dans le bataillon, il y avait une sacrée solidarité, on venait de toute l’Europe, des Espagnols, des Hollandais, des Italiens. Je ne dis pas que c’était facile tous les jours. Des fois, quand on était dans le sud, ça faisait mal au cœur de leur tirer dessus, à ces gars qui voulaient entrer chez nous, parce qu’il faut savoir qu’à cette époque, il y avait des famines et tout, en Afrique. Mais bon, on ne pouvait pas non plus risquer de perdre notre identité, comme on disait. C’est pour ça qu’avec ceux de l’intérieur, on ne faisait pas de cadeaux.

La FEAR, j’y suis resté 22 ans, jusqu’en 2038, quand Nicolas Hortefeux Jr. a décidé de faire automatiser la frontière. Comme ça dézinguait automatiquement ceux qui n’avaient pas leur puce électronique de droit de séjour dans l’oreille, on n’avait plus besoin de nous, et on nous a démobilisés. Enfin, on ne s’en rend plus trop compte, aujourd’hui, mais c’est quand même grâce à nous, les vétérans de la FEAR, que l’Europe a été sauvée de l’invasion. C’est sûr, au niveau de l’économie et de la croissance, ça ne va pas trop, mais au moins, on est entre nous! »

Rédacteur :
Eviv Bulgroz, Sofia Bulgarie