ALLEMAGNE | Le charme de la provocation

05/06/08 | Annika Giese

« Feuchtgebiete » (zones humides) n'est pas un nouveau livre sur l'écologie dans les zones marécageuses, mais bien le dernier polar de la célèbre animatrice allemande Charlotte Roche. Elle y expose une féminité désinhibée, faisant appel aux vieilles recettes du porno trash et du franc-parler dérangeant. Entre dégoût et passion, le moins que l'on puisse dire c'est que son livre ne laisse pas indifférent.

Charlotte Roche présentant son livre

La vendeuse d’une librairie à Hambourg n’a pas été surprise quand un monsieur âgé lui a demandé un livre intitulé « Feuchtgebiete » (zones humides). Spontanément, elle l’a guidé à la section écologie. Cette scène s’est déroulée, selon le magazine en ligne Stern.de, peu avant la publication du livre recherché – un livre dont un demi million d'exemplaires s’est vendu en dix semaines et qui dès lors a fait scandale dans tout le pays.

Avec son héroïne sûre d’elle-même, Helen Memel, âgée de 18 ans, Charlotte Roche a créé un personnage qui s’oppose à toutes les contraintes courantes. Le contenu des 200 pages est rapidement résumé: après un rasage intime échoué, Helen se retrouve à l’hôpital, où elle prend son temps pour explorer son corps sous toutes ses coutures. Le livre traite de sujets comme la sodomie, l'hygiène intime, les techniques variées de la masturbation ainsi que la prostitution – trop audacieux pour un éditeur à Cologne qui a refusé de publier le manuscrit jugé trop « pornographique ».

Plaidoyer pour une féminité alternative

Roche, une brunette gracile de 30 ans, qui vit avec son mari et sa fille à Cologne, ne considère pas son opus comme "porno". Le terme correct pour le contenu de son roman n’a pas encore été inventé, plaisante-t-elle. D’une manière exagérée, Roche écrit contre l’hygiène féminine démesurée et les rasages quasiment sous contrainte, elle accuse l’image de la femme prônée par la pub et par les revues. « Je le considère comme mon devoir de regarder là où les autres ne regardent pas. De parler de ce qui est tu. », dira Roche dans un interview.

Dans sa nature, Roche ressemble partiellement à son héroïne de roman. Comme animatrice et comédienne, elle adore jouer avec son corps devant les caméras: il y a deux ans, dans un talk-show, elle est allée jusqu'à enlever son incisive artificielle. Quand elle a travaillé pour la chaîne musique Viva, elle a montré fièrement ses poils d’aisselle plaidant pour une féminité alternative. Selon ses propres déclarations, son roman contient à 70 pour cent des éléments autobiographiques. Cependant, Roche affirme: « Moi-même, je ne suis pas du tout aussi cool et sûre de moi qu’Helen – même si j'aimerais bien. »

Des lectures complètes

Lors de ses lectures publiques dans plus de 40 villes allemandes, elle n’a pourtant pas fait preuve de manque d'assurance. Toutes les lectures ont fait salle comble, avec un public composé pour l'essentiel de jeunes femmes, qui s'y amusent beaucoup. D’après les données des librairies, ce sont aussi elles qui représentent son principal lectorat, exception faite des hommes âgés! Face à la réticence que beaucoup ont à acheter le livre dans les librairies, par fausse pudeur ou gêne publique, les lecteurs trouvent refuge sur Internet, notamment via les sites de vente en lignes, sur lesquels « Feuchtgebiete » est devenue la publication allemande du moment la plus vendue.

Dans les commentaires lisibles sur la toile, il devient évident que Charlotte Roche polarise la nation. « Vulgaire », « vomitif » et « sans goût » écrivent les uns, les autres jugent le livre « courageux », « sincère », « intelligent » et ils appellent Roche une « féministe moderne ». Malgré son plaidoyer pour la sincérité et la franchise, Roche a défendu à ses parents et à sa fille de six ans de lire son roman. Intègre jusqu'au bout des ongles?


Rédacteur :
Annika Giese, Hamburg Allemagne