EUROPE | La ruée vers l’or noir

06/12/06 | Cyril Berard

Tiraillé entre enjeux économiques et conflits identitaires, le Caucase est, depuis la chute de l’empire soviétique, une des zones géographiques les plus convoitées au monde pour ses ressources énergétiques.


Amandine Poirier
Nantes France

Le Caucase, territoire qui s’étend sur plus de 1 200 km entre la mer Noire et la mer Caspienne, a vu sa situation géostratégique subir un revirement total dans les prémices des années 90. Jadis partie intégrante de l’Union soviétique, cette zone éclate littéralement en 1992 à la suite de la proclamation d’indépendance des trois républiques caucasiennes : la Géorgie, l’Azerbaïdjan et l’Arménie. Cet éclatement a eu pour conséquence de mettre en exergue les richesses en gaz et en pétrole de la région, estimées au deuxième rang mondial après celles du Golfe Persique en terme d’exploitabilité. De quoi attiser les convoitises.Déjà tiraillées par des conflits identitaires et confessionnels internes à la région – entre musulmans chiites et chrétiens orthodoxes essentiellement – ces républiques se sont retrouvées face à des enjeux économiques dépassant largement leurs frontières nationales.

Le Kazakhstan et l’Azerbaïdjan concentrent à eux seuls plus de 80 % des ressources de la zone. N’ayant pas les infrastructures adéquates pour exploiter leurs richesses pétrolifères, ces deux pays ont dû faire appel à des spécialistes internationaux, en l’occurrence à de grandes firmes occidentales. Ainsi, plus de vingt grands groupes pétroliers américains ont signé des accords de partage de production en Azerbaïdjan durant la deuxième moitié des années 90. Mais si les gisements sont naturels, l’acheminement est, lui, le fruit de décisions politiques. Le Caucase est au centre du conflit énergétique post-Guerre froide entre la Russie – qui essaie tant bien que mal de garder son influence sur l’ancien espace soviétique – et les Etats-Unis, toujours plus avides d’énergie. En juillet 2006 est né le deuxième oléoduc le plus long au monde. Dit aussi oléoduc « BTC » (en raison des villes qu’il traverse: Baku en Azerbaïdjan, Tbilissi en Géorgie, jusqu’au port de Ceyhan dans le sud-est de la Turquie), il a permis aux Etats-Unis d’affirmer leur influence, de la mer Caspienne jusqu’à la Turquie. Ce projet a été mené à bien par un consortium de compagnies du secteur de l’énergie. Avec l’aide de la Turquie, les Etats-Unis remettent directement en cause l’influence de la Russie dans la région.

Ainsi, ils permettent également à Israël de réduire sa dépendance pétrolière vis-à-vis des Etats du Golfe en important du pétrole brut d’Azerbaïdjan. Cette option turque, obtenue en 1999 sous la présidence de Clinton, a été saluée par les officiels américains comme étant une « victoire majeure de la politique étrangère américaine », ayant ainsi permis de « briser les monopoles traditionnels de la région et de trouver une route sûre pour le pétrole ».

Que fait l’Europe ?
Après de longues années d’inertie en matière de politique énergétique dans cette zone du globe, l’UE s’est enfin décidée à faire un pas en avant. Le président de la Commission Européenne, José Manuel Barroso, a en effet récemment rencontré le président azéri Ilham Aliev afin de conclure un partenariat énergétique, symbole du rapprochement des deux entités. Cette rencontre appuie la volonté de l’UE de réduire sa dépendance envers les hydrocarbures russes, qui constituent aujourd’hui plus de 25 % des approvisionnements de l’Union. En cela l’Europe compte beaucoup sur le nouvel oléoduc BTC pour accroître ses importations en provenance de la mer Caspienne. Alors que la presse azerbaïdjanaise est bâillonnée et que le pays est encore dirigé d’une main de fer par Aliev, José Manuel Barroso a annoncé vouloir profiter de cette nouvelle collaboration pour « y faire progresser les libertés fondamentales et la démocratie ».

Rédacteur :
Cyril Berard, Nantes France